IRC : International Reading Challenge !

Reading Challenge

Mesdames et messieurs, j’ai l’honneur de vous annoncer le lancement d’un nouveau challenge, à portée INTERNATIONALE !

Oui, mesdamessieurs, oui ! Vous allez avoir l’occasion de voir s’affronter deux lecteurs en série, à la limite de la bibliophagie. Il ne s’agira pas de savoir combien ceux deux challengers peuvent manger de saucisses en moins d’une minute, mais de savoir combien de pages ils lisent en une année…

A ma droite, Lex, thésard installé aux Etats Unis depuis un certain temps déjà. Bibliophage depuis qu’il sait lire (plus ou moins), ses genres de prédilection sont la science-fiction et la bonne fantasy. Il sait lire toute sorte d’autres choses, des articles de physique incompréhensible pour le commun des mortels par exemple (il me corrigera si je dis n’importe quoi).

A ma gauche, personne, puisque le second challenger est ni plus ni moins que votre obligée, moi-même ! Vous commencez à me connaitre, si vous me suivez un peu, sinon, vous pouvez cliquer sur ce lien vers ma page de présentation !

Les règles du jeu :

Objectif : Comptabiliser le nombre de pages lues dans l’année, à partir de la date du 24 janvier et ce jusqu’au 31 décembre 2013.

Comptage : Comptent toutes les lectures de livres, tous genre confondus. Ne seront pas comptabilisées les pages de blogs, articles et autres trucs dans ce genre. Le décompte se fera sur la base du nombre de pages annoncées par l’éditeur du format poche, si tant est que le livre existe en poche. A défaut, bien sûr, nous utiliserons le nombre de pages de l’édition grand format (en l’indiquant toujours). Grâce à ce système, nous pourrons prendre les livres au format numérique en considération.

Organisation : tous les débuts de mois, les challengers me remettront la liste des livres lus et le comptage du nombre de pages. Je reporterai ici toutes les informations de mise à jour le premier samedi du mois (à priori).

Mots d’ordre : Humour et bienveillance !!! Ce concours de qui a la plus grosse… (pile de livres lus) est complètemnt amical, ne changera rien à nos habitudes de lectures (enfin pas trop) et ne vise qu’à se challenger et s’émuler respectivement pour encourager la lecture !!! Soyons donc légers, nous ne sommes pas là pour nous lancer des pierres !

Enfin, si vous souhaitez vous aussi participer, n’hésitez pas à créer une page sur votre propre blog en mettant un lien vers cette page. Je ne pourrai pas faire le suivi dans le détail pour tout le monde, mais si vous n’en avez pas (de blog), je peux faire au moins le compte du nombre de livres et du nombre de pages, sans enrer dans la liste détaillée.

Avant de commencer, je rappelle que le fair-play et la confiance sont le fondement de cette compétition amicale, il n’y aura donc AUCUNE vérification de ma part concernant les lectures de qui que ce soit :)

Dernière MAJ : 03 AOUT 2013

Lex :

Robert Jordan – Knife of Dreams : 880 pages
Kim Harrison – Ever After : 435 pages (il vient tout just de sortir, donc seulement en relié)
Brandon Sanderson for Robert Jordan  – A Gathering Storm : 1120 pages
Brandon Sanderson for Robert Jordan : Towers of Midnight : 1264 pages
Brandon Sanderson for Robert Jordan – A Memory of Light : 912 pages (Parution janvier 2013 => relié uniquement)
Joe Hadelman The Forever War : 264 pages
Kim Harrison – Into the Woods, Tales from the Hollows and Beyond : 513 pages (tout neuf, seulement relié)
Michel Robert – La fille des clans Tome1 : Balafrée : 576 pages
Hannu Rajaniemi – The Quantum Thief : 384 pages
Steven Eriksen, The Malazan book of Fallen #6 – Bonehunter 1232 pages
Thomas Greanias, The Alignement : Ingress 100 pages
John Scalzi – The Human Division #2 : Walk the Plank : 32 pages
John Scalzi – The Human Division #3 : We only need the heads : 48 pages
John Scalzi – The Human Division #4 : A Voice in the Wilderness : 36 pages
John Scalzi – The Human Division #5 : Tales from the Clarke : 43 pages
John Scalzi – The Human Division #6 : The Back Channel : 33 pages
John Scalzi – The Human Division #7 : The Dog King : 43 pages
John Scalzi – The Human Division #8 : The sound of rebellion : 29 pages
John Scalzi – The Human Division #9 : The Observers 48 pages
John Scalzi – The Human Division #10 : This Must be the place 33 pages
John Scalzi – The Human Division #11 : A problem of Proportion 46 pages
John Scalzi – The Human Division #12 : The gentle art of cracking heads 29 pages
John Scalzi – The Human Division #13 : Earth below, sky above 77 pages
Brandon Sanderson – Legion, 96pp
Brandon Sanderson, The Rithmatist – 384 pp (relié, sortie)
Brandon Sanderson, The Emperor’s soul, 176 pp
Steven Erikson, Reaper’s Gale, Book 7 of the Malazan book of the Fallen – 832 pp
Brandon Sanderson, Elantris, 656pp
Brandon Sanderson, Way of King, 1280pp
Steven Erikson, Toll of the Hounds, 1280pp
JRR Tolkien, The Hobbit, 300pp
John Sclazi – The tale of the Wickezd, 24 pages
Scot Siegler – The Galactic football league : The Rookie, 464pp
Scot Siegler – The Galactic football league : The Starter, 463pp
Hannu Rajaniemi – The Fractal Prince, 320pp
Scot Siegler – The All Pro, 536pp
Scot Siegler – The MPV, 525pp
Scot Siegler – Title Fight, 131pp
Jim Butcher, Storm Front, 378pp
Jim Butcher – Fool Moon, 368pp
Jim Butcher – Grave Péril, 378pp
Jim Butcher – Summer Knight, 371pp
Terry Pratchet – The Color of Magic, 288pp
Terry Pratchet – The light fantastic, 288pp
Terry Pratchet – Equal Rites, 272pp
Orson Scot Cards – Ender’s Game, 272pp
Les Frères Grimm – Grimm’s Fairy Tales, 290pp
Terry Pratchett – Sourcery, 336pp
Rick Riordan – The Son of Neptune, 560pp
Rick Riordan – The mark of Athena, 608pp
Rick Riordan – The House of Hades, 608pp
Terry Pratchett – Pyramid, 352pp
Brandon Sanderson, Mitosis, 35 pp
Thomas E. Sniegoski – A kiss before the Apocalyps (Remy Chandler tome 1), 308pp
Thomas E. Sniegoski – Dancing on the head of a pin (Remy Chandler tome 2), 304pp
Charlie Higson – Doctor Who: The Beast of Babylon: Ninth Doctor: 50th Anniversary, 50 pp
Derek Landy – Doctor Who: The Mystery of the Haunted Cottage: Tenth Doctor: 50th Anniversary, 54 pp
Neil Gaiman – Doctor Who: Nothing O’Clock: Eleventh Doctor: 50th Anniversary – 45 pp
Terry Pratchett – Wyrd Sisters, 368pp

TOTAL : 22257

Janvier : 1395 (Ca démare fort pour lex, et je suis surprise et en même temps ESPANTEE qu’il ait réussi à lire 1395 pp en une semaine !!! je rappelle que le challenge débute au 24 janvier, donc je dis quand même BIEN JOUE SMARTIES)
Février : 4804 ! Lex semble s’envoler, et c’est bien ce qu’il a fait d’ailleurs : 16h de vol entre la Chine et les Etats Unis ont été une partie de son secret… mais sa thèse s’en vient, et son temps de lecture va aller en déclinant… une opportunité pour Rhi-Peann ?
Mars : 540. Petit mois pour Lex, comme il l’avait annoncé, mémoire oblige. Rhi-Peann en a t-elle profité pour rattraper un peu son retard ?
Avril : 1438. Lex parle de petit mois, mais rien que les 1200 pages du Livre Malazeen des Glorieux défunts, lui font faire un joli bond !!!
Mai : 1488. Un autre « petit mois » selon Lex, mais du coup, je continue à gratter quelques pages, mouahaha
Juin : 3894. Après avoir rendu son mémoire, Lex a décidé de vivre en hermite pendant un mois. Il a à peine mangé et dormi d’ailleurs, pour pouvoir rattrapper le retard qu’il n’avait pas encore pris et creuser très largement son avance : 2000 pages d’avance en un mois. Facile ;)
Juillet : 1271. Ce mois-ci, Lex a eu beaucoup de trucs à gérer, de façon tout à fait inattendue ! Il parvient toutefois à lire ses 1300 pages… sur la dernière semaine !
Août : 1807. Lex glande ce mois-ci, et c’est tant mieux pour moi. Je garde une petite centaines de pages d’avance, ce qui me permet de continuer à surnager :D
Septembre : 1992. Presque 2000 pages, ce qui correspond à la moyenne de Rhi-Peann… qui a eu d’autres choses à faire en septembre et s’est largement laissée distancer !
Octobre : 2112 : Lex creuse l’écart, mais il m’avoue avoir triché : n’ayant lu qu’un livre en début de mois, il a fait plusieurs nuits blanches pour pouvoir enquiller des pages :D Je préfère le laisser partir devant que de ne pas dormir de la nuit, mais j’ai un rythme de marmotte en même temps…
Novembre : 1129 : le mois de novembre sera le mois du Docteur, ou ne sera pas !!!
Décembre : 387 : Décembre est un petit mois pour tout le monde, et manifestement sous le signe de Pratchett :)

Rhi-Peann

STERN Mariane, Les Chroniques d’Oakwood, éditions du Chat Noir : environs 199 pp (sortie en janvier 2013, n’existe qu’en format broché)
GALENORN Yasmine, Les soeurs de la lune tome 1 : Witchling, Editions Milady, 352pp
GALLMAN Marika, Maeve Regan Tome 1 : Rage de dents, éditions Milady, 416pp
GALLMAN Marika, Maeve REgan Tome 2, Dent pour Dent, éditions Milady, 480pp
TRAN NHUT Le Temple de la Grue écarlate, Philippe Picquier, 375pp
GALENORN Les Sœurs de la Lune T2 Changeling, Milady, 416 pp
LE FANU Sheridan, Carmilla, Le Livre de Poche, 128pp
MAZAURETTE Maia, Dehors les Chiens, les infidèles, Folio SF, 448pp
SALVATORE RA, Les Royaumes Oubliés, La légende de Drizzt, tome 1 : Terre natale, Editions Milady, 384pp
PEVEL, Pierre : Les Lames du cardinal, éditions Folio SF, 400pp
NEWMAN, Kim : Anno Dracula J’ai lu, 380pp
GALENORN Yasmina : Les sœurs de la Lune T3 Darkiling 208 pp (je me suis arrêtée à 50%… )
GIBSON William : Neuromancien  j’ai lu, 319pp
BRUNEL  Henri, Contes du chat maître zen, 140pp
PEVEL Pierre, Les Lames du cardinal Tome 2 : L’Alchimiste des Ombres Bragelonne 304pp au format broché (doit sortir en poche sous peu, je me chargerai de corriger les chiffres à ce moment-là)
FUENTEALBA Jacques, Emile Delcroix et l’Ombre sur Paris, lu en kindle, format papier estimé à 279pp
PEVEL Pierre, Les Lames du cardinal Tome 3 : Le Dragon des Arcanes Bragelonne 320pp au format broché (doit sortir en poche sous peu, je me chargerai de corriger les chiffres à ce moment-là)
POWERS Tim, Sur des Mers plus ignorées, Bragelonne, 360pp
TERRAL Vanessa Cinq pas sous terre – En travers de la Gorge, 25pp
TERRAL Vanessa Cinq pas sous terre – Mille éclats de colère, 18pp
Marie de France – Lais – 175pp
GEORGE Demetra, Mysteries of the Dark Moon, 304pp – 80 = 224 pp (un chapitre sauté par manqué d’intérêt pour moi à ce moment-là). Format broché
GAIMAN Neil, Odd et les Géants de Glace, 141pp
DUNYACH Jean-Claude, Etoiles Mortes, J’ai lu SF, 475pp
GABORIT Mathieu, Bohème, Folio SF, 400pp
GAIMAN Neil, Neverwhere, J’ai lu, 380 pp
THULY Arnaud, Purification : Principes et methods, 198pp
WUL Stéphan, Niourk, 234pp
THICH NHAT HANH, L’énergie de la prière, 192pp
BOSCHIERO Julia, Les Pierres au Quotidien, 272pp (broché)
FISCHER-RIZZI Suzanne, Le guide de l’encens : Vertus et bienfaits des encens du monde, 341pp (broché)
BIRELL Anne, Mythes Chinois, 124pp
TERRAL Vanessa, Les Vagues de Clamatlice suivi de Saisons des pluies sur Clamatlice, 20pp (A4) => 40pp presque poche
POWERS Tim, Les Voies d’Anubis, 480pp (broché)
TREMAYNE Peter, Absolution par le meurtre, 284 pp
HONERVOGT Tanmaya, Le guide complet du Reiki, 256pp format broché (avec plein d’illustrations, donc je réduis d’un tiers par esprit sportif => 171pp)
TERRAL Vanessa, Toute l’Eau de mes larmes, 23pp
SIRE CEDRIC, L’enfant des cimetières, 534pp
DICK Philip K. Ubik, 288pp
CONAN DOYLE, Schelrock Holmes, le Signe de quatre, 140pp
LEBLANC Maurice, La Demoiselle aux yeux verts, 253pp
ZIMMER BRADLEY, Marion, La planète aux vents de folie, 251pp
DETEY Lysianne, Initiation à la Voyance, 160pp
DILLET FREEMAN James, La Prière, clef maîtresse de la vie, 331pp
CLADWELL, Ian et THOMASON Dustin, La Règle de Quatre, 446pp
CAREY Jacqueline, Kushiel – Tome 1 : La Marque, 781 pp
HEFFRAGUS Hugs, Psyckoon tome 1, Yfôn, 149pp (broché)
BOUANCHAUD Bernard, Yoga Sutra de Patanjali, Miroir de soir, 336pp
LI Eva, Le dernier chemin, 226pp
JOUËT Philipe, Aux sources de la mythologie celtique, 445pp (broché)
ARANGO François, Le Jaguar sur les toits, 371pp (broché)
EVANGELISTI Valerio, Tortuga, 426pp (broché)
SHAKESPEARE William, Macbeth, 151pp
MICHEL Patrice, les Phénomènes de Corneghem – Tome 1 : L’esprit de la forêt, 214p
ZIMMER BRADLEY Marion, La Reine des orages, 446pp
TERRAL Vanessa, Attraction solaire, 29 pp A4
PRATCHETT Terry, Trois Soeurcières , 287pp
MICHEL Patrick, Les phénomènes de Corneghem Tome 2 : Le chiffonnier de la nuit, 209pp
JAMES Eloisa, La Belle et la Bête, 343pp
PRATCHETT Terry, Mécomptes de fées, 312 pp

TOTAL : 17253

Janvier : 551 pp (j’ai été beaucoup moins prolixe que mon challenger cette semaine, mais je compte bien ne pas m’en laisse conter sur la durée !!!)
Février : 1815 pp… à peine plus d’un livre par semaine ce mois ci… mes occupations ont été fort chronophages, comme vous l’avez vu… j’espère profiter de Mars pour diminuer l’écart ! (et vous retrouverez les chroniques concernées à partir de demain sur le blog ;) )
Mars : 2279 pp ! Rhi-Peann a dépassé la barre des 2000 rien que pour ce mois, et à même lu presque autant qu’en fin janvier + février réunis (qui la menaient à 2366 pp) ! Pourtant, ça reste moins que la performance de février de Lex. Un belle réussite, pourtant, si on compte qu’elle s’est essayée à la lecture en anglais, et que c’est dur pour elle, mais elle y arrivera (le livre apparaitra le mois où elle aura réussi à le finir :) ). Le retard n’est pas tout à fait comblé, mais la différence est moindre ;)
Avril : 1481 pp. Un mois qui traine au niveau lecture, mais qui dépasse quand même Lex de quelques pages (histoire de ne pas reprendre le retard légèrement comblé le mois précédent !). En prime, elle a beaucoup avancé sur ce livre en anglais qu’elle est en train de lire, et qui la ralenti (elle n’est pas bilingue, comme son compère ^^). Une année qui s’annonce moins prolixe mais plus enrichissante, linguistiquement parlant !!!
Mai : 2052 pp. Malgré un livre en anglais (que j’ai mis trois mois à lire, même si je ne le comptabilise qu’aujourd’hui), je gratte quelques pages à Lex ! Toujours à la traine, mais bien moins, il ne faut pas que je laisse l’été me pourrir mon grouve ! (préparation de PAL d’été en cours)
Juin : 1904 pp. Dommage, j’ai fini tout début juillet le livre qui m’aurait fait largement dépasser les 2000… ça comptera pour juillet :) Mais rendons nous à l’évidence, je tourne en moyenne à 2000 par mois… spa mal déjà :D Mais ça veut dire qu’à l’heure qu’il est, Lex à… DEUX MOIS D’AVANCE :D
Juillet : 2426 pp. Je profite de la baisse de régime de Lex pour gratter un petit millier de pages sur sa scandaleuse avance ! Mes vacances à la mer m’ont permis pas mal de lecture. La rentrée est rude : c’est à peine si j’ai trouvé le temps de continuer à lire ! Je vais tout de même essayer de me maintenir sur août, et si Lex ne lit pas du tout (mais RIEN !), je rattraperai mon retard :D
Aout : 1957 pp. J’avais largement commencé Kushiel en Juillet, j’avoue qu’Août a été sévèrement tronqué niveau lectures ! je suis à la ramasse complet :) Mais bon quand on rentre chez soi, on a tellement d’autres occupations que l’on ne prend plus le temps de lire… Je garde une petite centaine de pages d’avance ce mois ci, qui me permet de tenir la route, et je met tout sur la faute du fait qu’il y en a un que j’ai étudié en profondeur, ça m’a bouffé une pleine semaine (se trouver des excuses : check)
Septembre : 371. Et oui, un seul livre ce mois-ci… mais tant d’autres activités !!!
Octobre : 791. Encore un petit mois, mais déjà mieux que le précédent. J’ai du pot que Lex traine un peu.
Novembre : 1314 : un mois de nomvembre un peu plus haut que Lex ? Mais que m’arrive t-il ???
Décembre : 312 : Mois pratchetien ici aussi, mais pas plus prolixe :D Décembre, c’est la débandade totale !

C’est mardi, que lisez-vous ? #3

Un nouveau mardi, de nouvelles lectures !!!

Petit rappel du principe de ce rendez-vous hebdomadaire, initialement intitulé « C’est Lundi que lisez-vous », et lancé par une certaine Malou dont je n’ai jamais lu le blog.

La démarche est simple : toutes les semaines, on fait le point sur ce qu’on a lu la semaine précédente, ce qu’on est en train de lire, et ce qu’on compte lire la semaine qui vient.

J’ai choisi le mardi parce que c’est un jour où je n’ai pas de chronique programmée.

Ce que j’ai lu la semaine dernière :

Force est de constater que pour une semaine où j’ai enfin eu le droit de lire à nouveau, je n’ai pas lu grand’chose ! Bon je me suis tout de même jetée sur un livre comme la petite vérole sur lebas clergé dès le lundi, et je l’ai dévoré en un après-midi.

 

Pourquoi n’ai-je pas réussi à lire plus ? Figurez-vous que je me suis retrouvée happée par une quantité pas possibles d’activités. A tel point qu’à ce jour je n’ai pas encore terminé le recueil de nouvelles de Vanessa Terral !

Ce que je lis en ce moment :

 

Vous comprendrez donc que ma priorité, c’est :

J’en suis à plus de la moitié, et ma foi je ne suis pas déçue… Je vous en parlerai plus vendredi : j’espère avoir rendu ma chronique d’ici là ! (sinon, vous attendrez la semaine prochaine, petits pressés !)

J’en profite pour glisser un petit erratum : le recueil ne réunit pas toutes ses nouvelles publiées avant son premier roman, mais certaines d’entre elles seulement ! Elle est bien plus prolixe que j’ai pu le laisser entendre…

 

J’avais décidé de ne rien commencer d’autre pendant cette lecture, mais j’ai fait une entorse… le soir, je profite d’un moment en compagnie du Dr. Jung. Je le déguste tranquillement.

 

Je ne pense pas écrire de chronique au sujet de cet ouvrage… je ne suis pas sure que ça intéresserait grand’monde. Pourtant, la férue de symbolique que je suis se délecte des théories évoquées. Il ne faut pas oublier de remettre tout cela dans le contexte de la fin du XXe siècle tout de même (parfois, l’image de la femme véhiculée, particulièrement par un des disciples de Jung, me fait un peu mal aux yeux, mais bon…). Et aussi, garder en tête que je ne l’ai pas terminé. Dans tous les cas, toutes sortes d’éléments supplémentaires pour commendre la façon dont l’homme (entendre être humain) fabrique et/ou comprend ses symboles, et donc toutes sortes d’élément pour comprendre et interpréter des livres !

Ce que je vais lire la semaine prochaine :

Entendre, quand j’en aurai fini avec Vanessa Terral !

Boudu que c’est difficile de choisir à l’avance !!!

J’ai toutefois une lecture commune sur le feu à boucler avant le 19 :

Plus de saison que ça, tu meurs !!! Ca valait le coût de découvrir quand même ! Merci à Livraddict d’organiser cette lecture commune, sans laquelle je n’aurais peut-être jamais sur que ça existait !!!

Et vous, que lisez-vous ?

Joyeux anniversaire, Livre Monde !!!

Ouiiii !!

Le Livre Monde fête sa première bougie ! En vrai, c’est demain, mais comme je l’ai créé un jour de printemps et que cette année le printemps tombe le 20, je décide d’autorité que c’est l’annif du Livre Monde !

***Paillettes, pétales et trompettes***

Pour son anniversaire, vous avez constaté que je lui ai offert une jolie bannière toute neuve ! Elle a été créée par l’artiste indépendante ZedOras, je l’en remercie très chaleureusement. C’est tout simplement parfait, tellement c’est moi ! Sisi, le manteau rouge, les deux chats et la tasse de thé, sans compter les PIIIIILES de bouquins ^^ J’suis tellement contente que j’en ai fait des cartes de visite. Regardez comme elles sont belles !

Pour faire toujours plus de publicité au Livre Monde !!!100% bio, of course !

Pour faire toujours plus de publicité au Livre Monde !!!
100% bio, of course ! Et 100% protégé par les droits d’auteurs !

Bon, ça c’était pour la partie cadeaux et trucs mignons. Mais passons aux choses sérieuses ! Vous avez sans doute également constaté des changements dans les noms de pages et de catégories… c’est que j’ai des milliers d’idées, et que j’ai décidé de les mettre en pratique ! Donc plein de nouveaux rendez-vous, plein de nouvelles rencontres, et toujours plus de chroniques !

Les rendez-vous mensuels : ils sont au nombre de quatre. La théorie idéale, c’est que tous les mercredi, la chronique colle avec l’un des rendez-vous. Vous en connaissez certains, d’autres sont tout neufs !

Boire ou lire, pourquoi choisir ? Il s’agit ici de concilier la lecture avec une deuxième de mes passions : le thé ! La démarche : quand je lis tel ou tel livre, qu’est-ce que je bois avec, idéalement ? Les thés sont très nombreux et variés, mais j’ai choisi de m’autoriser à piocher également dans les jus de fruits, smoothies, éventuellement certains cafés et autres boissons diverses et variées (ptet même que je me ferai une petite bière de temps en temps ;) )

La BD du mois : comme son nom l’indique, je partirai à la découverte d’une bande dessinée chaque mois, et je la chroniquerai, ni plus ni moins !

Une rencontre par moi : vous connaissez déjà, je poursuis ! Auteurs, libraires et autres acteurs de la culture et de l’imaginaire !

Le Jeu de Rôle du mois : Comme pour la Bande Dessinée, mais avec du JdR ! Là aussi, il y a en a quelques uns, et je m’autorise à déborder sur des événements en liens avec le jeu de rôle (comme le jeu de rôle en grandeur nature, par exemple).

Tout cela sera mis en place à partir du mois d’Avril !

De neuf, il y a également un joli partenariat avec Aranae, du blog La Plume ou la Vie ! Jeu de rôle, littératures de l’imaginaire, et le reste aussi, bref, nous avons beaucoup en commun, et ça promet d’être un échange très intéressant ! Pour plus de détails sur notre partenariat, cliquez sur la page « Blogosphère » et regardez la première catégorie, celle qui s’intitule « Partenariat »… oui, je sais, j’ai été inspirée sur ce coup…

Et vous avez aussi remarqué l’onglet « Le Livre Monde s’engage« … que voulez-vous, je suis une militante patentée ! Je vous laisse découvrir les causes en lien avec le blog !

Enfin, je voulais juste spécifier que vous retrouverez toutes les chroniques classées par genres en regardant dans le déroulant des catégories… je sais, vous avez déjà vu, mais comme tout est chamboulé, mieux vaut trop de précautions que pas assez !

Je termine en vous exprimant ma gratitude, chers lecteurs : c’est grâce à vous que le blog continue d’exister (je me serais lassée depuis longtemps sinon) et j’espère vous retrouver encore longtemps, dans mes statistiques, mais aussi et surtout dans les commentaires !!!

A très vite !!!

Thibaud Villanova, responsable communication du Dernier bar avant la fin du monde

Nous voilà prévenus !
A noter que selon les spécialistes, la référence est en lien avec « Le Guide du Voyageur Galactique », pas le calendrier Maya. Enfin un peu quand même.

Ce week-end, comme vous le savez maintenant tous, je suis allée à Paris. Et comme je suis une investigatrice de l’imaginaire qui n’a pas froid aux yeux (filez moi un chapeau en feutre et un fouet siouplé), j’en ai bien entendu profité pour proposer un rendez-vous afin d’en apprendre plus sur ce déjà célèbre Bar de l’imaginaire !

C’est Thibaud Villanova, Responsable relation publique, communication et organisation événementiel, qui a pris le temps de m’accueillir et de répondre à mes questions. Oui, celui qui a mis plein de points dans la compétence « sociabilité et baratin » 😀 Je l’en remercie très chaleureusement, au passage !

Thibaud Villanova'dawan Kenobi A la communication du Dernier Bar avant la fin du monde, ça plaisante moyen !

Thibaud Villanova’dawan Kenobi
A la communication du Dernier Bar avant la fin du monde, ça plaisante moyen ! (Du coup je me demande si son chef s’appelle Grilloda…)

 

Rencontrer les gens qui font le Dernier Bar avant la fin du monde, c’est tout d’abord rencontrer un lieu… et quel lieu ! 400m² entièrement consacrés aux cultures de l’imaginaire, et à leur promotion ! 400m² soigneusement mis en ambiance, pour permettre une immersion totale, et qui ne manque pas de chaleur ! Accueillie à l’entrée par un R2D2 sur son 31 (ne cherchez pas de rapport avec Ulysse, j’ai pas fait exprès), je suis entrée dans une salle parquetée, avec plein de tables et de chaises bois, velours rouge et autres métaux patinés : un univers vieille bibliothèque qui évidement ne pouvait que me convaincre, avec force étagères pleines de livres et secrétaires comme on n’en fait plus ! Une décoration « mondes oubliés » teintée de références multiples. Thibaud me confirme l’impression que l’on a quand on rentre : absolument tous les détails ont été minutieusement pensés pour que l’œil se pose systématiquement sur une référence culturelle (de l’imaginaire, bien sûr !). Et des détails, il y en a à foison ! Le Dernier Bar avant la fin du monde se visite, donc, même quand il n’y a pas d’expo !

Une partie de la Salle des Mondes Oubliés, au Dernier Bar avant la fin du monde... ici, la bibliothèque et la ludothèque, avec le secrétaire. En arrière plan, la mezzanine, avec les recherches des employés et propriétaires pour récupérer de l'info sur Chtulhu et autres Grands Anciens. On en aurait trouvé une trace chez les Mayas...

Une partie de la Salle des Mondes Oubliés, au Dernier Bar avant la fin du monde… ici, la bibliothèque et la ludothèque, avec le secrétaire.
En arrière plan, la mezzanine, avec les recherches des employés et propriétaires pour récupérer de l’info sur Chtulhu et autres Grands Anciens. On en aurait trouvé une trace chez les Mayas…

Parlons donc d’expos, même si je pourrais déblatérer encore des heures sur le lieu puisqu’il compte plusieurs niveaux, dont chaque ambiance est travaillée avec la même minutie… Des expos, donc, il y en a quand même assez souvent. En ce moment, et jusqu’au 3 juin, ce sont les Mystérieuses cités d’or qui sont à l’honneur. Avant il y a eu une thématique vampire, et après, ce sera autre chose : concernant les cultures de l’imaginaire, Le Dernier Bar a choisi de ne pas choisir. La bande de créateurs est composée d’une dizaine de personnes, toutes issues du milieu geek (édition de manga, organisation de salons, game designer et autres joyeusetés, naviguant de Kaze à Nintendo) et toutes passionnées qui de manga, qui de fantasy, d’informatique ou de jeux videos (rayez la mention inutile, liste non exhaustive). Ils ont passé trois ans à se réunir toutes les semaines pour définir leur concept et leurs angles d’approche. La conclusion, c’est qu’ils n’ont pas pu se résoudre à sacrifier l’un ou l’autre pan de cette vaste vague culturelle regroupée sous l’égide de l’expression « cultures de l’imaginaire ». Le Dernier Bar avant la fin du monde, c’est la matérialisation de ce souhait ambitieux de création d’un espace privilégié pour l’expression et la rencontre des passionnés, dans un décor chaleureux et décontracté.

En tant que tels, ils appliquent une politique qui sait accueillir des structures de type associatif, autant que des soirées privées, ou encore des dédicaces en entrée libres (à ce propos, la prochaine, c’est Michael Moorcock, le 21 mai). Cette accessibilité, c’est une volonté forte : les créateurs ont tous fréquenté des associations et savent que c’est un milieu pivot pour la diffusion des cultures de l’imaginaire. Ils en connaissent également les besoins et les nécessités, et à leur mesure, souhaitent les aider. Attention néanmoins, philanthrope ne signifie pas irresponsable ou hors des réalités commerciales : le Dernier Bar reste une entreprise qu’il faut faire tourner, avec 30 personnes à rémunérer (ouais, 30 personnes, pas moins, dont certains, on s’en doute, travaillent plus de douze heures par jours… Pour se faire une idée, il faut se dire que 30 personnes, c’est l’équivalent de certains Cultura parmi les plus petits) et des charges à assumer. Sans compter le bénéfice à dégager, bien sûr. Et tout ça en plein cœur de Paris (vous vous doutez bien que le loyer n’est pas le même qu’à Brousse, dans la Creuse).

Quand je pense que j'ai raté cette salle... Je vais être obligée d'y retourner !

Quand je pense que j’ai raté cette salle… Je vais être obligée d’y retourner !

Plusieurs personnes m’ont fait des retours sur leur politique de prix, d’ailleurs (puisque bien sûr, tout cela se paye avec le chiffre dégagé par les ventes). Comme quoi c’était cher. Soyons honnêtes, je ne dépenserais pas 12€ pour un cocktail (avec ou sans alcool). Mais bon, le café à 2.50€ et la pinte de bière à 5€, moi je trouve ça très largement raisonnable. Pour donner un ordre d’idée à ceux qui n’habitent pas, comme moi, « en province », ce sont des tarifs même légèrement moindres que ceux qui sont pratiqués à Toulouse. Bref, on peut boire et grignoter pour pas excessif au Dernier Bar, donc finalement, je ne trouve pas cela si abusif (bien que je ne comprenne pas la démarche des cocktails à 12€). Après, c’est vrai aussi que je préfère me payer une pinte et un restau avec les Vendredis Oniriques à la fin du mois (à Toulouse, donc) que dépenser 1300€ dans la repro de l’épée de Conan le Barbare. Question de priorités.

Quand je demande, enfin, comment ils expliquent le succès immédiat du concept (je rappelle qu’ils ont encore moins d’un an…), Thibaud me répond tout simplement que l’imaginaire, ça touche tout le monde, d’une façon ou d’une autre. Que tout le monde a cette nécessité de s’évader d’un quotidien pas toujours super sexy. Que cette propension à l’imagination titillée par les cultures de l’imaginaire, chaque individu en est porteur. Et que oui, si chacun se trouve en situation de la réveiller, il y a des chances que ça participe, à son niveau, de l’émergence d’un monde meilleur.

Grâce au Dernier Bar, me voilà rassurée : nous serons équipés pour la Révolution !

Grâce au Dernier Bar, me voilà rassurée : nous serons équipés pour la Révolution !

Et voilà ! Merci encore à Thibaud Villanova de m’avoir accueillie et d’avoir répondu à ma multitude de questions (parfois même sans que je les lui pose !!!), et merci pour le thé ! (excellent d’ailleurs, même pas en sachet tout prêt… le soucis du détails, mesdames messieurs, le soucis du détail !)

NOTE AU SUJET DES PHOTOS !
Comme je suis un gros boulet, j’ai oublié mon appareil photo pour aller au Dernier Bar (que je finirais par appeler DB si je n’avais pas peur de voir Tortue Géniale débarouler dans mes tiroirs de sous-vêtements).
Toutes les photos ici présentes sont empruntées à des sites internet et/ou à d’autres blogs que je détaille ci-dessous. Celle de Thibaud Villanova lui appartient en propre. Que les propriétaires des photos n’hésitent pas à me contacter pour que je les supprime si cela les dérange.

Critique et jugement littéraire : « Ce livre, c’est de la merde ! »

Vous aussi, vous avez déjà entendu cette phrase moult et moult fois… Vous aussi, vous l’avez prononcée. Comme moi, vous vous êtes peut-être dit un jour qu’il faudrait arrêter, car c’est méchant quand même, mais des fois, elle vous échappe. Ne vous inquiétez pas, c’est tout à fait normal. Et même, c’est autorisé. Oui, donc, on a le droit de dire qu’un livre (un tableau, un morceau musique, rayez la mention inutile) c’est de la merde. Mais attention, certaines personnes ont plus le droit que d’autres : je vous propose de nous pencher sur la question.

1)      Qui a le droit de dire qu’un livre c’est de la merde ?

Dans cette partie, je vous présente ce que j’ai conclu des catégories socio-professionnelles qui ont le droit d’assener un point de vue destructeur. Parce que dire à un créateur que ce qu’il a fait c’est de la merde c’est toujours destructeur, mais nous le verrons plus bas. Je traite ici des catégories qui ont la légitimité pour donner cet avis sans appel. Ça veut dire qu’ils l’ont prise, mais aussi qu’on la leur donne, cette légitimité. Heureusement, ils n’en abusent pas tous.

L’Universitaire : Il a fait des études. C’est un érudit. Parce qu’il a lu plus de livre que vous et moi, en tous les cas parce qu’il a un diplôme qui atteste qu’il a lu un certain nombre de livres alors que vous et moi, non, il a le droit. Quand vous et moi disons « ce livre c’est de la merde », on nous répond –à raison- « mais t’es qui pour dire ça ? ». L’universitaire, on lui répond –à tort- « ah oui ? vous qui détenez la sapience, expliquez-nous pourquoi. » Et il nous l’explique, avec plus ou moins de condescendance. Dans sa grande générosité, il nous dévoile les mystères de la littérature, à nous, pauvres hères ignorants. Il fertilise nos cerveaux endormis et se couche le soir avec la satisfaction qu’ont dû ressentir les missionnaires quand ils ont christianisé les nouveaux-mondes. Vous remarquerez qu’un universitaire pourra donner son avis de la même manière sur des sujets qu’il a étudiés ou non. Ce n’est pas grave. L’important c’est le niveau d’études, pas le domaine.

Le Journaliste : souvent, lui aussi a fait des études, ce qui le rapproche de l’universitaire. Mais pas toujours. Ce qui lui vaut le droit de dire de quelque chose qui a été sorti du plus profond des tripes pas toujours très confiantes d’un créateur que c’est de la merde, c’est sa notoriété. Il est écouté, ou lu, donc il a le droit de dire ce qu’il veut. Peu importe l’impact que cela aura sur la vie du gars concerné. D’ailleurs, il peut aussi bien dire qu’on est face à un chef d’œuvre. Le journaliste a non seulement le droit de donner son avis, mais en plus, il en a le devoir. C’est à ce moment-là que l’exercice devient casse-gueule et contraignant. Imaginez qu’il se trompe ? C’est sa carrière qui est en jeu ! Là encore, qu’importe si c’est son domaine d’activité ou pas : le journaliste, son travail, c’est d’avoir un avis. On le lui demande. Et c’est une référence. Lourde responsabilité non ?

L’Auteur : Lui, il a le droit de dire qu’un livre c’est de la merde parce qu’il en a écrit un aussi. Auteur, c’est un drôle de statut. Avant, vous n’êtes rien (sauf si vous êtes déjà Universitaire ou Journaliste). Après, vous êtes Dieu. Attention, vous ne pouvez être Dieu que si votre création a été publiée (donc validée par un professionnel qui a décidé que ça valait le coup, que ce que vous avez écrit n’est précisément pas de la merde).

L’Editeur (et autres professionnels du livre) : Quand vous êtes éditeur, c’est vous qui choisissez ce qui va paraître sur le marché, qui avez la main mise sur ce que les gens vont avoir à se mettre sous la dent.  Forcément, vous décidez de mettre en vente des choses dont vous pensez qu’elles ne sont pas de la merde. Vous aussi avez le droit d’exprimer votre opinion. Vous êtes un professionnel du livre. Vous savez ce qui est bon ou pas. Entendre, le plus souvent, ce qui est vendeur ou non.

 

Vous me trouvez agressive ? C’est normal. C’est un sujet qui m’agace un tantinet. J’ai trop entendu de prétendus intellectuels, piochés dans l’une ou l’autre des catégories ci-dessus, dire des âneries sans nom sous prétexte que leur appartenance socio-professionnelle le leur permettait. J’estime pour ma part qu’un être humain est un être humain. Qu’un avis sur une œuvre d’art est forcément subjectif et soumis à l’appréciation esthétique de chacun.

Quelqu’un qui a fait des études dans le domaine concerné pourra peut-être plus facilement avoir un avis éclairé, en termes techniques par exemple. Il pourra émettre une critique argumentée. Et ça c’est intéressant, particulièrement pour le créateur. Et d’ailleurs, cet exercice n’est pas réservé aux seuls détenteurs d’un diplôme ou d’un emploi spécifique. « C’est de la merde » est le contraire de la critique argumentée. C’est une phrase destructrice dont le seul objectif est de blesser. Les conséquences peuvent être catastrophiques. Mais le pseudo-intellectuel s’en moque. Il a sans doute réussi son coup.

 

2)      Pourquoi se permettent-ils de le dire ?

C’est quoi, ce « coup » que voulait réussir le pseudo-intellectuel ? Pourquoi un humain voudrait fouler du pied la création d’un autre humain ? Parce qu’une création, qu’elle soit bonne ou pas (encore que comme je le disais, c’est quand même très subjectif), c’est un travail de longue haleine, qui vient des tripes. Le créateur se livre en toute nudité (sauf si c’est un fumiste, il y en a aussi, faut pas pousser). Il enlève sa carapace et nous la livre. Et le pseudo-intellectuel profite de ce moment de faiblesse, de dénuement, pour coller un coup de tison chaud sur la chair à vif du pauvre gars qui voulait juste montrer son travail (il me faudra faire aussi un article sur ce qui pousse quelqu’un a publier son travail d’ailleurs…). Pourquoi ?

Le Pouvoir : Ecraser quelqu’un c’est avoir du pouvoir sur cette personne. Demandez au gros balaise qui vous a peut-être cassé la gueule dans la cour de récré. Il était plus fort que vous, il vous a tabassé, dans le seul objectif de bien vous montrer qui est le chef. Si vous ne l’avez pas vécu, vous l’avez sans doute vu dans un quelconque film. C’est une réaction humaine. C’est à mon sens très barbare et la preuve d’un intellect défaillant, mais c’est très fréquent. Celui qui dit à un créateur « c’est de la merde » a exactement le même comportement.

La Jalousie : Et oui, blesser l’autre parce qu’il a réussi là où nous même avons échoué, ça reste encore très fréquent… un petit conseil d’amie : au lieu de s’acharner, se demander pourquoi on a échoué. C’est bien plus constructif pour tout le monde.

Le Masque Social : Ca rejoint un peu la question du pouvoir, si ce n’est qu’au lieu de le pratiquer à l’encontre du créateur, il s’agit de conserver sa propre position au sein d’un groupe. Je me rappelle de l’époque du collège… pour intégrer un groupe précis, il fallait humilier certaines personnes ouvertement. Si ça vous parle plus, dans certains films d’espionnage on demande à un personnage de tuer sa femme ou son mari (ou le regarder mourir) pour affirmer son appartenance au groupe. Le fonctionnement dans le cadre de l’avis non argumenté est similaire.

Le Buzz : La dernière raison que je vois ici (si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à les partager en commentaire) c’est de faire parler de soi. Qu’importe alors le bien fondé des propos, il s’agit de lancer la polémique. Il s’agit de se trouver au centre de l’attention (indignée ou non). Parce que faire parler de soi, c’est toujours une excellente manière d’obtenir de l’avancement social. Le buzz, ça fait partie du jeu. J’estime pour ma part qu’on peut faire du bruit sans se montrer irrespectueux du reste du monde…

 

Voilà. Voilà pour mon analyse de ce fameux « c’est de la merde ». En conclusion, je dirais donc qu’effectivement, on a le droit de le dire. Après tout, nous sommes dans un pays d’expression libre. J’aimerais juste attirer l’attention sur le fait que derrière « c’est de la merde » se cache rarement un simple « je n’aime pas ».

On a le droit, mais peut-être pouvons-nous tourner notre langue dans notre bouche avant d’énoncer cette sentence cruelle. Par respect, simplement, pour le travail accompli.

Quant à moi, si je trouve que c’est vraiment mauvais, soit je prends le temps d’émettre un avis argumenté, soit je me contente d’un « Je n’ai pas aimé ».

Le Livre Numérique – Anciens vs Modernes : Round Two. Fight !

Il était temps n’est-ce pas ? De me pencher sur cette question, encore d’actualité. Oui, encore d’actualité. Parce qu’on a pu prendre le temps d’y réfléchir, de se poser tranquillement la question une fois de nombreuses angoisses passées, mais elle continue à faire débat : le livre numérique, c’est bien ou c’est mal ? Une nouvelle Querelle des Anciens et des Modernes. Le sujet est certes complètement différent, mais la démarche est la même. Comme à chaque évolution de la vie esthétique et culturelle. J’ai bien dit « évolution », pas « révolution ». Faudrait pas pousser non plus.

Conservateur ou évolutionniste ? Défenseur ou détracteur ? Comme si l’alternative était simple. Comme si le livre numérique devait ne jamais décoller dans les ventes ou au contraire supplanter le livre papier. Le numérique dans l’esprit de la plupart des gens, c’est encore soit tout l’un soit tout l’autre. Comme de plus en plus d’autres gens, j’ai un avis bien moins tranché sur la question. Je ne fais pas partie de ceux qui diabolisent le numérique, ni de ceux qui pensent que la prochaine génération ne verra plus d’intérêt au format papier. Pourquoi ? Parce que numérique ou papier, on a tendance à oublier qu’un support n’est pas une fin en soi… ça n’est rien de plus qu’un outil, et en tant que tel, il a ses défauts et ses qualités. Voici ce que j’ai tiré de ma propre réflexion et de mes discussions avec des professionnels (je pense avant tout aux libraires), qu’on n’informe pas toujours pleinement. Elle n’est certes pas exhaustive : n’hésitez pas à ajouter vos avis ci-dessous !

 

Des avantages :

Comme moi, vous êtes bibliophage. Votre maison comporte déjà une bibliothèque dans chaque pièce (oui, chacune. N’oubliez pas les toilettes. On y fait des découvertes surprenantes). Vous avez du mal à caser un livre de plus. Le livre numérique est votre allié ! Sur une liseuse standard, vous pouvez caser jusqu’à 1200 livres. Pour un espace réel d’un livre de poche.

Comme moi, vous êtes bibliophages. Vous dépensez le quart de votre salaire en livres chaque mois, quel que soit votre salaire. Parce que vous êtes un aventurier, il vous arrive même de rogner sur le budget vêtements ou coiffeur, voire sur le budget clopes ! (NDR : je ne fume pas… je triche) Le livre numérique est votre allié. Une fois l’objet certes un brin couteux acquis, vous avez accès à la totalité des œuvres dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans en toute légalité, et ce, gratuitement. Vous avez également accès à toutes les œuvres plus récentes mais épuisées chez l’éditeur, et dont il n’est pas prévu de réimpression. Je connais moins la loi à ce sujet, et je crois qu’il y a un flou artistique sur cette question, du reste. Toujours est-il qu’à l’heure actuelle, un livre épuisé numérisé même pas le pécore moyen (vous, moi, eux) est disponible et que personne ne peut trop vous engueuler pour cela. Vous trouverez en cliquant ici, ou sur l’image ci-contre, une proposition de loi à ce sujet qui date de l’an dernier. Je me renseignerai !

Comme moi, vous êtes bibliophage. Quand  vous partez en vacances, vous vous demandez encore pourquoi votre valise est si lourde alors que vous n’avez pris que le nécessaire. Vous oubliez de prendre en considération que votre nécessaire comporte un bouquin par jour sur place, plus un peu pour pouvoir choisir. Et que ça prend les trois quart de votre valise. Le livre numérique est votre allié ! Pour les mêmes raisons que le premier point. L’argument que je viens de développer est également valable pour des universitaires par exemples, qui auraient besoin de balader moult livres en déplacement. Gros point positif : ils sont très peu gourmands en énergie et ont une autonomie assez longue (le mien : 15 jours).

Comme moi, vous êtes bibliophages. Il est 4h du matin, votre moitié dort et vous êtes obligés de finir votre roman passionnant dans la salle à manger. Certains livres numériques sont vos alliés. Pas tous, attention à bien choisir votre modèle de liseuse. Rétroéclairés, ils font un peu mal aux yeux parfois (encore que d’après les retours que j’en ai, pas tant que ça : la plupart ont un très bon confort de lecture), mais surtout, vous pouvez lire dans le noir sans gêner le voisin. Pour les modèles non rétroéclairés (comme le mien), il existe des petites loupiotes spéciales. J’avoue que je suis une bibliophage grosse dormeuse : je n’ai jamais été confrontée personnellement à la question.

Comme mon beau fils, vous n’êtes pas encore bibliophages (mais pour lui, je nourris beaucoup d’espoirs. Je m’égare.). La lecture ne vous amuse pas plus que ça, et vous êtes un acharné de nouvelles technologies. L’e-book est votre allié : plus ludique, sans doute, que le livre au format papier. Par son côté gadget, il attire les fondus de technologies, qui ne sont pas nécessairement fondus de lecture. Et pour les bibliophages, c’est un format qui change agréablement (sans remplacer les sensations du papier, nous sommes bien d’accord).

 

Des inconvénients :

Comme moi, vous êtes bibliophages. L’ouverture d’un livre est pour vous une expérience sensuelle au dernier degré. L’odeur et la texture font partie du plaisir de lire, au même titre que la tasse de thé/chocolat/café (rayez la mention inutile) posée sur le guéridon, là. Evidemment, le livre numérique est ludique, pratique, la lecture est confortable, mais tous ces petits plaisirs lui sont étrangers. De même que le plaisir d’avoir des livres plein la maison.

Comme mon beau fils, vous n’êtes pas encore bibliophages… aurez-vous envie de mettre un montant initial de minimum 100 euros dans une liseuse ?  Je travaille en ce moment dans un magasin qui vend des livres. Il y a une carte offerte par le conseil régional, avec en moyenne 50 euros dessus, pour acheter des livres. Les gens râlent parce que des livres, ils n’en achètent pas. Ce que je veux dire par là, c’est que la centaine d’euros nécessaire à l’achat de la seule liseuse correspond pour un non lecteur à environs deux ou trois ans d’achat de livres (la plupart scolaires). Les œuvres appartenant au domaine public sont gratuites en numérique mais impliquent la liseuse, et ne dépassent que rarement les trois euros en format papier. Pour un non lecteur, le calcul est assez vite fait. Pour un gros lecteur ayant peu de moyen, la bibliothèque est votre alliée. La liseuse est un véritable investissement financier, qui comme tous les moyens de stockage (clefs usb, disques durs externes…) a sans doute une durée de vie limitée. Bref, c’est encore très cher.

Vous travaillez beaucoup sur les livres en tant qu’objets ? Vous êtes étudiants, et vous saccagez éhontément vos outils de travail à coup de stylo, crayon et surligneurs ? Là encore, le livre numérique vous limite dans votre créativité ! La liseuse comporte des fonctionnalités bien utiles, comme un dictionnaire intégré ou un système de signet et de notes, mais clairement pour s’y retrouver, je trouve encore que rien ne vaut le papier et les marque pages (dussent-ils être des post-its). Le livre numérique, superbe outil de transport de masse, mais pas encore de travail direct. Ou alors je ne maîtrise pas encore la bête, c’est bien possible !

Le GrosFat me fait dire qu’il a vu sa faute d’orthographe. Il la vit bien, mais il fera attention la prochaine fois, par égard pour toi, lecteur.

 

Conclusion :

Les livres numériques vont-ils supplanter le livre papier ? Est-ce « l’avenir », tel que nous le rabâchent certaines enseignes de vente massive, en considérant que la génération à venir n’aura connu que cela, donc le livre papier est voué à disparaître ? Je n’y crois pas une seconde ! La première raison, c’est qu’on ne sait pas ce que nous réserve la génération à venir. Merci de leur laisser une chance d’avoir une identité construite et non imposée. D’autre part parce que le CD a pris une place importante, mais le vinyle continue de se vendre. Et que d’ailleurs, la situation du livre est différente de la situation de la musique. Enfin parce qu’en tous cas à l’heure actuelle, les consommateurs de livres numériques sont des gros lecteurs qui ne remplaceraient leurs livres papiers pour rien au monde. L’e-book vient en complément, pour des raisons aussi diverses que variées, mais certainement pas en remplacement, contrairement à ce que des entreprises avides de monopoles tentent de nous faire croire (la plupart du temps pour mieux nous orienter vers l’achat exclusif du livre numérique, bref pour d’une certaine manière manipuler nos habitudes de consommation. Comme je le disais ailleurs, il est très important de savoir ce que l’on consomme, et pourquoi on le fait). J’insiste sur la notion d’outil, de support à l’œuvre, et non pas de finalité. Depuis l’imprimerie, les livres ne sont plus des œuvres d’art, certes (encore que…), mais ont permis la démocratisation de la lecture. Je ne pense pas que le livre numérique évincera le livre papier, mais je pense qu’il peut favoriser, lui aussi, la démocratisation de la lecture, et donc l’enrichissement culturel du plus grand nombre. N’est-ce pas là la vocation première d’un livre ?

« Les Littératures de l’imaginaire, c’est pour les gamins »

Un beau préjugé n’est-ce pas ? Un préjugé qui malheureusement (oui, ceci est un jugement de valeur) parasite la création et l’édition  de ces genres en France (les anglo-saxons semblent moins obtus en la matière) et qui va de pair avec un réel dénigrement de sa qualité. Les auteurs sont publiés dans des collections « jeunesse », ou spécialisées… une preuve de reconnaissance ? Oh là malheureux ! Dans un contexte où on différencie « littérature classique » et « littérature populaire » (sisi) aussi bien en termes éditoriaux qu’en termes de valeur, faudrait pas s’emballer ! Je rappelle que lorsqu’un auteur commence à prendre une certaine hauteur et à être franchement reconnu pour son talent littéraire, il passe en littérature dite « blanche » (comprendre littérature générale, plus sérieuse, meilleure littérature, bref, pas populaire, pas de gare…). Comment ça, « mauvaise langue » ? Que je vous  Un exemple ? Barjavel pour ne citer que lui !

Alors oui, j’ai eu envie de me pencher sur cette assertion, et tous les présupposés qu’elle implique implicitement.  Et malheureusement, tous sont péjoratifs… Pauvres gosses…

[A noter avant de commencer ; on entendra par gamins non seulement une population d’enfants, mais aussi jeunesse (ado et préado) et « adultes attardés » (j’ai mis des guillemets, car clairement, ce n’est pas ainsi que je nous considère, nous adultes qui aimons les littératures de l’imaginaire). J’espère avoir été plus ou moins claire dans l’article, je fais les différenciations quand nécessaire…]

Présupposé numéro 1 : Si c’est pour les enfants, c’est que la qualité littéraire est moindre

Nous avons un réflexe assez pitoyable au moins en France, c’est celui  de se rassurer de la médiocrité d’une production en se donnant une excuse telle que « bah, c’est pour les enfants ! ». Et bien sûr, ç ne s’arrête pas à l littérature. Et pourquoi donc, pour commencer nous autoriserions-nous à fournir du médiocre aux enfants ? Pour que ce soit plus facile à comprendre ? Pour se mettre à leur niveau ? Parce que c’est-pas-grave-de-toute-manière-ils-ne-s’en-rendront-pas-compte ? N’est-ce pas d’un irrespectueux notoire, en plus d’être extrêmement condescendant ? Oui, les enfants et la jeunesse méritent que nous accordions de l’importance à la qualité que nous leur fournissons, et parce qu’ils ne peuvent pas souvent  la produire d’eux même, nous en avons même la responsabilité ! Et puis, non, ce n’est pas plus facile d’écrire pour la jeunesse, et même c’est un exercice plus difficile que d’écrire pour un public adulte. Il faut savoir se rendre intelligible tout en évitant la facilité de la médiocrité, justement. Se mettre à un certain niveau (de vocabulaire, d’abstraction, de symbolisme), accessible au public visé en fonction de son âge, tout en poussant à la réflexion et en incitant à la découverte. Et puis quand ça ne plait pas, pas de langue de bois, pas d’analyse approfondie pour changer son attente de lecture, niet ! Livre sur la touche, fin du débat. Les enfants sont un public très difficile, très exigeant, qui nécessite un grand talent. Qui nécessite une réponse à des codes attendus, tout en proposant des pistes de réflexion sous-jacentes pas nécessairement conscientisées… Pourquoi donc croyez-vous que les contes de fée ont toujours autant de succès ?

Présupposé numéro 2 : Les univers imaginaires sont réservés aux enfants (et donc sont d’un intérêt littéraire moindre)

Grand axiome, prôné partout et pour tout : quand on est adulte, on en a fini avec les mondes imaginaires. On sait que c’est faux. On ne croit plus au Père Noël, et on sourit avec tendresse (voire, encore une fois, avec condescendance) quand notre enfant nous regarde en nous disant qu’il a vu une fée. On est grand, on est un adulte, on est raisonnable. Le temps des mythes et des idéaux est définitivement révolu. Quelle tristesse mes aïeux ! Quelle tristesse, et quelle erreur ! Pourquoi, je vous le demande, le droit de rêver serait-il l’apanage de l’enfance ? Quid du Pacte de Lecture, évoqué par Rousseau en son temps, par lequel l’auteur et le lecteur s’accordent sur le fait que ce qu’ils vont partager n’a rien à voir avec la réalité ? Je revendique, en tant qu’adulte, mon droit aux univers merveilleux (et j’entends merveilleux au sens todorovien du terme*), mon droit aux symboles et aux archétypes forts, évocateurs, et cathartiques ! Du reste, de nombreux exemples de littérature blanche font appel à ces mythes, mais voilà, comme ce n’est pas estampillé fantastique, ça passe. Pour exemple (et mes goûts personnels ne sont pas invoqués ici) : Musso, Levy, Werber…

Ah je vous vois venir, avec vos gros arguments : « Oui, mais leur univers prend pied dans le réel, pas dans l’imaginaire pur ! ». Alors je vais vous proposer un petit jeu des sept différences :

A droite, Marc Levy. Le titre : Sept jours pour une éternité. Le pitch : Dans le San Fransisco des années 2000 un ange et un démon sont envoyés sur terre pour être les outils d’un dernier affrontement entre Dieu et le Diable. Enjeu : sauver le monde, ou le détruire.

A gauche, Jim Butcher. Le titre : Suaire froid. Le pitch : Dans le Cchicago des années 2000, Harry Dresden est un magicien. Le vatican vient le voir, parce que figurez-vous que le saint suaire a été dérobé… par des démons. Aidé par un genre de paladin, Harry Dresden va devoir le récupérer. Enjeu : sauver le monde, ou le détruire.

Ah, oui, il y a des différences, notoires. L’un par exemple est publié en « blanche », l’autre en urban fantasy. D’ailleurs, Dresden appartient au genre fantastique, tandis que Levy se contente « d’aborder le thème fantastique… » (je sais que wiki n’est pas toujours mon ami, mais j’ai trouvé l’expression révélatrice). Pourtant, n’avons-nous pas des univers similaires avec un taux de réalisme similaire ? Alors pourquoi, le premier serait-il estampillé pour adultes, et le second, parce qu’édité en urban fantasy, serait-il réservé aux ados, aux jeunes adultes, ou aux adultes qui n’ont pas réussi à grandir ?…

Quant à la qualité littéraire intrinsèque, on peut en parler aussi ! Certes les univers imaginaires ne sont pas nécessairement réalistes. Ils convoquent de réelles capacités d’imagination et demandent au lecteur d’accepter la totale fiction, non seulement de l’histoire mais aussi du monde dans laquelle elle se déroule. Mais je pense qu’il est temps faire une réelle distinction entre « réalisme » et « cohérence ». Et de cette dernière qualité, les univers imaginaires ne sont pas dépourvus ! Alors nuançons de suite : il existe des romans imaginaires de piètre qualité, et c’est souvent dû justement à la difficulté de proposer un univers créé à partir de rien qui soit cohérent. Parce que oui, c’est très difficile. Et que réussir à quelque chose de solide demande de vraies qualités littéraires, ça demande un réel talent et aussi beaucoup de rigueur. Parce que finalement, les genres de l’imaginaire sont vraiment très exigeants. Je pense d’ailleurs que s’ils subissent une si mauvaise presse, c’est que le défaut de qualité littéraire est de suite beaucoup plus visible. Une histoire pas terrible dans un monde cohérent, c’est déjà dur, mais ça peut passer. En revanche, si le monde ne se tient pas c’est la débandade instantanée ! Alors y a-t-il plus de « mauvais auteurs » en SFFF* ? Je ne pense pas. Je pense que ça se voit juste plus, parce que ce sont des genres qui ne pardonnent pas. En revanche, je pense aussi qu’il y a beaucoup d’auteurs qui se lancent dans l’aventure, grisés par l’illusion de totale liberté qu’offrent ces genres (imaginez, vous n’êtes plus régis par les lois de la physique ! Vous pouvez tout inventer !! VOUS AVEZ LE POUVOIIIIIIR !!! pardon) sans avoir conscience de la contrainte énorme que constitue la création d’un monde avec ses propres lois.

Enfin, les univers de l’imaginaire ne sont pas nécessairement peuplés de licornes et de monstres gentils… certains romans sont très violents et durs, dans des univers sombres et sans pitié… je ne mettrais pas ces romans dans les mains d’un public trop jeune…  De la même manière que je ne montrerais pas Ghost in the shell à un enfant sous prétexte que c’est un dessin animé…

Présupposé numéro 3 : Si c’est pour les enfants (c’est donc de moins bonne qualité), le message a moins de profondeur (c’est re-donc de moins bonne qualité)

Encore un présupposé infondé, car les littératures enfantines ont souvent une profondeur métaphysique très marquée, du moins une bonne partie d’entre elles. Parce que tandis que nous disons « tu comprendras quand tu seras plus grand », les livres, eux, répondent aux questions… Et particulièrement les contes, par exemple, qui sont comme les épopées et autres mythes antiques les ancêtres de cette fameuse SFFF… et qu’à l’époque, je vous assure qu’ils n’étaient pas destinés pour les seuls enfants ! Au contraire, même. Je pense en particulier au théâtre antique grec, évoquant les mythes qui nous sont si familiers et dont l’un des objectifs, au-delà du mythe lui-même, était de provoquer des émotions fortes chez les spectateurs pour leur permettre de les vivre sans avoir à réaliser les actions correspondantes (tuer ses enfants et les manger, par exemple). C’est aussi de cette littérature (pas uniquement, j’y reviens de suite), que la SFFF est héritière, quoi qu’on en dise.

Prenons l’exemple de Star Wars (je sais, ce n’est pas de la littérature, mais ma réflexion vaut aussi pour le cinéma), à travers quelques thèmes choisis : roman initiatique (comme de très nombreux textes depuis l’invention de l’écriture, je ne citerai que le passage de la pomme dans la Bible qui n’est pas franchement un bouquin réservé aux mômes). Le meurtre du Père (inspiration antique). La chevalerie (inspiration médiévale). L’aventure vers des contrées lointaines (moins antique, mais répondant au besoin d’évasion et de découverte inhérent à l’être humain, qui l’a poussé à prendre un jour un bateau pour savoir ce qu’il se passe de l’autre côté de l’océan). L’amour entre des personnes de classes sociales différentes (combien de contes montrent un voleur finir avec la princesse ? ).

 

Sans compter, dans d’autres romans et plus particulièrement orientés SF  (mais pas que), la question de la nature et du devenir de l’Homme en tant qu’espèce et dans sa relation à la nature et à la technologie. Ces thématiques philosophiques et écologiques (ou technologiques au contraire) se sont surtout développées avec la Révolution Industrielle, bien que les découvertes scientifiques aient toujours été une inspiration ou du moins un grand moteur de littérature. La relation au divin aussi, du reste. Les romans de Jules Verne ou de Edgar Burrough, en sont des exemples particulièrement probants.

Je pourrais continuer encore longtemps en prenant d’autres références parfois moins célèbres mais pas moins représentatives.

Ces littératures apportent donc bien souvent de véritables questionnements existentiels propres à l’humanité et qui proposent parfois des réponses très philosophiques. Y compris quand ils sont estampillés jeunesse et écrits expressément pour la jeunesse. Dans ces cas-là, l’adulte pourra y trouver lui aussi quelques trésors. Parce que parfois ça ne fait pas de mal de se reposer ces questions qui nous ont secouées, et qui nous ont permis de construire nos identités.

Puis entre vous et mois, parfois il n’y a pas ces questionnements, ce qui n’empêche pas la lecture d’être agréable, le style maîtrisé et la détente assurée ! Lire, c’est aussi s’éclater que diantre !

Pour conclure :

Donc OUI, les littératures de l’imaginaire peuvent être montrées et proposées à des enfants/jeunes, mais NON, elles ne leur sont pas réservées !

Non, la qualité littéraire n’est pas moindre, quoi qu’on en dise !

Non, le message n’est pas stupide et bêtifiant sous prétexte que l’outil de transmission est l’imaginaire, un outil parfois bien plus efficace même que des choses plus réalistes. Personnellement, je suis plus sensible à une histoire immergent et ludique qu’aux images violentes des informations de 20 heures.

Les littératures de l’imaginaire, qui se composent elles-mêmes de très nombreuses ramifications, sont un creuset extrêmement riches, que la France et sa sacro-sainte raison et son élitisme forcené (et obsolète) a tendance à largement dénigrer. Les anglo-saxons  beaucoup moins, bizarrement, mais il faut dire que tandis que les moralistes et autres raisonneurs du XVIIe siècle ont marqué la philosophie Française, eux, ils avaient déjà eu Shakespeare…

Glossaire :

Le merveilleux selon Todorov (extrait de Introduction à la littérature fantastique) :

« Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une des deux solutions possibles : ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont ; ou bien l’événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. Ou bien le diable est une illusion, un être imaginaire ; ou bien il existe réellement, tout comme les autres êtres vivants : avec cette réserve qu’on le rencontre rarement.
Le fantastique occupe le temps de cette incertitude ; dès qu’on choisit l’une ou l’autre réponse, on quitte le fantastique pour entrer dans un genre voisin, l’étrange ou le merveilleux. Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. »

SFFF : Science-Fiction, Fantasy, Fantastique

L’artiste est-il maître de son œuvre ?

Lundi 16 juin, les bacheliers français passaient leur épreuve de philo. Je suis obligée de dire que le sujet sur l’art de la filière scientifique m’a particulièrement tapé dans l’œil. « L’artiste est-il maître de son œuvre ? » Mes hamsters de tête ont fait un bond subit dans mon cerveau, l’obsession m’a tenue trois jours avant que je me réveille un matin avec un magnifique plan en trois fois trois partie que je te soumets ci-dessous, lecteur, tout beau et tout rédigé en plus !

Mais voilà, comme je ne passe pas le bac, moi, il y a quelques petites choses qui vont sans doute te surprendre…

L’objet de ce blog étant les cultures de l’imaginaire et autres curiosités, et plus principalement la littérature, tous mes exemples seront issu de cet axe d’étude principal. Blaise, René et autres Denis n’auront pas vraiment leur place ici, non par snobisme, mais bien par soucis de ligne éditoriale, si je puis dire.

Je ne suis pas non plus soumise aux règles de bien séance conditionnant les copies de philo au bac : mon presque trois fois trois parties s’est plus ou moins imposé de lui-même, mais ne vous étonnez pas de voir que je ne fais jamais que donner mon avis, et que j’utilise le pronom personnel « je » sans trembler des genoux !

Enfin, si jamais l’an prochain en philo on te ressert le sujet pour entrainement, ne sois pas stupide : évite le copier coller. Ça va se voir. En plus, mon style risque de détonner un peu avec les attentes du prof, je t’assure.

Et pour finir… arme toi d’une tasse de thé et de quelques biscuits, tu en auras besoin !

Introduire

En 1968, Roland Barthes balançait un pavé dans la mare en clamant haut et fort que « L’auteur est mort » ! Panique et stupéfaction : l’auteur perdait la totale maîtrise de son œuvre, dont il en cédait une non négligeable part au lecteur. Le démiurge qui avait donné vie à un texte devait accepter de ne pas en conserver le contrôle, d’être relégué, d’une certaine manière, à un second plan bien moins classieux et flatteur pour l’ego. Cette simple phrase pourrait à elle seule donner une réponse efficace à la question « L’artiste est-il maître de son œuvre ? », bien qu’il ne faille pas confondre les termes auteur et artiste. L’auteur n’est pas forcément un artiste (l’auteure de cet article est très loin de se prétendre artiste bloggien !), bien que l’artiste est très logiquement auteur – de son œuvre.

Le fait est que cette petite phrase qui me sert de support de réflexion est pleine de mots qu’on emploie souvent à tort et à travers sans se préoccuper de leur sens. Je ne prétends évidement pas en détenir les arcanes les plus secrets, mais voilà comment je les comprends, et comment donc ils seront exploités dans le corps de ma réflexion : un artiste, c’est un homme ou une femme qui créée. Un texte, un tableau, un bâtiment, peu importe, mais dans tous les cas une œuvre. On entendra par œuvre une pièce spécifique créée par l’artiste, mais il se trouve qu’œuvre désigne également l’ensemble des travaux d’un artiste. Je spécifierai le cas échéant. Rien que la définition de l’artiste est sujet à de longs débats philosophiques qui n’ont aboutit à rien pour l’instant (en tous cas, à rien de définitif). La subjectivité même face à la notion d’art interdit toute définition arrêtée. N’empêche, l’artiste créée. L’auteur aussi d’ailleurs, mais dans auteur, la notion d’autorité (même racine étymologique) s’ajoute à la notion de création. L’auteur est celui qui créée, sans que la notion d’art soit impérative, mais avec une notion d’autorité sur l’œuvre (de maîtrise ?) indéniable. L’auteur est bien souvent considéré comme ayant tous les droits sur sa propre œuvre, la façon dont on doit la comprendre en tant que récepteur (lecteur, auditeur, spectateur…), et son usage. Mais si l’auteur lui-même perd toute autorité sur son œuvre en mourant, comme Roland Barthes l’exprime si bien, que reste t-il à l’artiste, dont le rôle principal est de créer et manifestement pas de régir ?

Pour commencer, je vais m’employer à expliquer pourquoi je considère que l’aspect démiurgique de l’artiste est une illusion certes tenace mais néanmoins fumeuse. Fumeuse parce que l’œuvre est libre par nature et qu’elle ne demande son avis à personne pour s’émanciper ! Cela me permettra de terminer en réfléchissant sur la relation que l’artiste entretient avec son œuvre, un rôle de facilitateur d’existence mais certainement pas de maîtrise ou d’autorité.

L’illusion Démiurgique

Sous prétexte que l’artiste créée des œuvres, « on » (l’opinion publique) lui concède pas mal de droits sur ladite œuvre. Sous prétexte qu’il créée des univers, l’artiste est un démiurge tout puissant, presque un égal d’un Dieu ? Quelle blague ! Chaque argument en faveur d’une croyance selon laquelle l’artiste maîtrise son œuvre, c’est à dire possède une autorité sur elle d’une quelconque manière que ce soit, trouve en soi-même ses propres limites… les autres donnent son pouvoir à l’auteur… l’œuvre, elle, s’en gausse.

Un pouvoir créateur ?

L’un des superpouvoirs attribués à l’artiste est celui de la création. C’est un pouvoir divin : seul Dieu (peu importe qu’il existe ou non selon tes croyances, j’en utilise ici seulement le concept) a le pouvoir de créer… dans l’univers littéraire c’est encore plus frappant : ce n’est plus seulement de création dont on parle, mais de Pouvoir du Verbe, les mots qui par leur seule manipulation et leur seul bon usage font émerger un univers… Et ouais lecteur. L’artiste, c’est Dieu. Enfin… ça c’est ce qu’on aimerait bien tous croire ! Shakespeare a fait tout ce qu’il a pu pour abonder dans ce sens : son Prospéro détient le livre de magie qui lui donne le pouvoir du verbe, par quelques mots il déclenche une Tempête bien connue, il enchaîne les esprits de la nature et les puissances primitives qui composent cette dernière, bref, il se fabrique la petite île dont il est le maître incontesté. Il a même fallu aux puissants le mettre au ban de la société pour se débarasser de son pouvoir (combien d’artistes en exil pour avoir osé ouvrir leur bouche ?). Sauf que voilà, il a besoin d’un livre le Prospéro en question. Un livre, ou un Livre ? Pour ceux qui ne savent pas encore, la Bible ça signifie le Livre en Grec. Et Prospéro ne tire son pouvoir créateur que du déjà existant. L’artiste lui-même ne créée jamais que sur la base de ce qui existe déjà. « tout texte est un tissus nouveau de citations révolues » (In Roland Barthes I trust !). Qu’y a t-il de neuf dans une création ? Pas grand chose en vérité : le matériau initial est toujours le même. Les thèmes et mythèmes nous suivent depuis la plus haute antiquité, depuis l’épopée de Gilgamesh et probablement depuis la tradition orale préalable. L’artiste littéraire ne fait jamais que répéter la même chose sous un angle nouveau. C’est important de le faire : les messages ont besoin d’être dits et redits, passés et repassés. Ce sont des fondamentaux précieux pour la psyché humaine. Et il faut le dire avec le vocabulaire du temps présent, donc réécrire sans cesse. Mais la vérité c’est qu’on ne fait jamais que réitérer infiniment les mêmes choses. Pouvoir créateur ? Ouais… relatif quand même !

Une accession à l’immortalité ?

L’art rend immortel, c’est bien connu : à travers son œuvre, l’artiste continue à vivre dans le souvenir de celui qui la lit/regarde, éternellement. Même s’il tombe dans l’oubli, un jour quelqu’un tombera sur son œuvre et alors, même si son nom est oublié, il atteint une forme d’immortalité. Un fantasme qui a fait plancher de nombreux chercheurs et gloseurs. « L’artiste devient-il immortel » (dans un sens oui, mais en fait non, enfin de toute manière ce n’est pas la question : de quoi faire une dissertation en somme). Qui ne dirait pas, pour rester dans les thématiques de l’imaginaire, que Shakespeare (voir ci-dessus) a atteint le statut d’immortel ? Que Tolkien est en bonne voie qu’on se souvienne de lui encore dans quelques siècles et le rejoigne dans le panthéon des « qui ont la classe de la littérature et qui sont, du coup, immortels » ? Dans un genre un peu moins imaginario-imaginaire, on a le Panthéon à Paris qui regorge « d’immortels » morts justement et très souvent auteurs. Un bon mausolée comme on les aime qui fait très « vallée des rois mais à Paris », bref, un temple païen. Et oui, puisqu’on divinise les artistes et autres gros cerveaux qui se trouvent là dessous. L’œuvre permettrait au statut de divinité, là encore, dans le cadre non plus du pouvoir de création pure, mais dans le fait qu’on sort des contingences du temps et de l’espace et qu’on nous voue une forme de vénération (ne dis jamais à un prof de français que Victor Hugo c’est de la merde. Ne me le dis pas à moi non plus d’ailleurs. Et ça suffit les conneries avec tous ces Twitters alakon à ce propos. Jette un œil ici pour mon propre avis sur la question). Sauf qu’encore une fois, et parce que je suis pénible, je trouve une bonne grosse limite à cette vision de la chose : quand l’artiste meurt, l’artiste est mort, point à la ligne. L’artiste est un être humain (déception), il meurt. Son oeuvre, elle, est immortelle. Elle existe à travers le temps et l’espace, reste, sous format papier, sur tablettes de grès (résiste très bien aux incendies) ou sur une clef usb, mais elle reste. Pendant ce temps, l’auteur se fait bouffer par les vers. La réalité est là, et toutes les immortalités symboliques n’y changeront rien. Ce qu’on honore d’un artiste mort, c’est son oeuvre. « Nan mais on honore son talent, son génie, les apports considérables qu’il a fourni au monde de la culture ! ». Oui. Son œuvre quoi. Et ce même quand l’auteur est un fieffé salopard sans sa vie privée. Parce qu’il ne faut pas confondre l’artiste et l’oeuvre. C’est un argument que j’entends souvent et auquel j’adhère d’ailleurs. Céline (Louis Ferdinand) était réputé pour son antisémistisme (et son misanthropisme du reste), ça ne m’empêche pas d’avoir dévoré Voyage au bout de la nuit ! Bon ça ne relève pas des littératures de l’imaginaire, okay… disons que Barbey d’Aurevilly (Jules Amédé) était un royaliste fini (au XIXe siècle ce n’était pas si choquant tu me diras) et pourtant Les Diaboliques comme L’Ensorcelée m’ont transportée. L’artiste n’est pas son œuvre (même s’il y met des bouts de lui-même dedans). L’artiste meurt. Pas son œuvre.

Un passe droit sur l’œuvre ?

L’artiste est enfin sensé avoir tous les droits sur son travail, personne n’a son mot à dire. Transformation, modification, mise au jour, dissimulation et même destruction. Personne d’autre que lui n’est autorisé à ce genre d’altération sur son œuvre. Et quand on voit ce que GRR. Martin fait subir à ses personnages (et son usage de l’adaptation, où il se permet d’explorer des pistes qu’il avait dû mettre de côté), on se dit qu’il en use et abuse allègrement ! Les non-artistes ont quant à eux éventuellement le droit d’écrire des adaptations pour d’autres media ou des parodies. Tant qu’on ne vient pas (trop) modifier l’œuvre originale ou se l’approprier (dire que les idées de départ sont les nôtres). Et encore, ça nécessite implicitement un remerciement expresse vis à vis de l’auteur qui nous a inspiré, voire des autorisations très explicites. Ça relève en premier lieu de l’honnêteté intellectuelle bien sûr, mais ça se manifeste concrètement sous la forme de ce que l’on appelle communément « les droits d’auteurs ». Les droits d’auteurs, ça signifie qu’on n’a pas le droit, jamais, à aucun moment, de piquer les idées ou de ré-exploiter le boulot de l’auteur sans son consentement (et rémunération) ou celui de ses descendants et ce jusqu’à soixante dix ans après sa mort. Ensuite, l’œuvre « tombe » (le terme est tellement révélateur) dans le domaine public : elle est considérée comme appartenant à tous en tant qu’entité culturelle. On pourrait se dire « olala, ça y est, un élément qui prouve que l’artiste a la maîtrise de son œuvre ! ». Quelle naïveté ! Comme si la question des droits d’auteur allaient empêcher les pirates de pirater, les fanficteurs de fanficter (la fanfiction c’est l’écriture d’une histoire nouvelle sur la base de ce qui a été proposé par l’artiste : ça peut donner carrément des genres de spin off, comme 50 shades of Grey par exemple, que je n’ai pas lu par ailleurs mais dont je sais qu’il est initialement une fanfic dans l’univers de Twilight, que je n’ai pas lu non plus… l’un des forum de fanfiction dont j’ai le plus entendu parler concerne Harry Potter, avec plein de variations de l’histoire, particulièrement dans la relation affective des personnages), les écrivants de s’inspirer et des gros producteurs d’adapter ! Bref, une œuvre publiée n’est plus maîtrisable. Elle est éventuellement canalisable, mais elle n’est plus maîtrisable. Quant à la toute puissance d’un artiste sur son œuvre, c’est une vaste blague : tout écrivant, même pas forcément auteur publié et internationalement reconnu, vous dira comment ses personnages lui ont échappé à un moment ou a un autre, comment telle scène aurait du apparaitre bien plus tard mais lui a sauté au visage maintenant, comment pour être parfaitement honnête, il devait faire agir son personnage d’une manière qui ne lui convenait pas du tout. Un personnage/une œuvre s’échappe et s’émancipe, au même titre que l’histoire elle-même ! Et l’artiste doit composer avec. Le mythe de Bloedewedd est très caractéristique à ce sujet, même si ce n’est pas son objectif interprétatif initial. Bloedewedd est une femme créée par magie à partir de fleurs pour épouser un type qui s’appelle Lleu. Sauf qu’elle ne veut pas : elle fait tuer Lleu et s’enfuit. Le magicien (qui s’appelle Gwidion) lui court après pour la tuer. Mais finalement, il ne la tue pas, il la transforme en chouette (pour la punir encore plus et la reléguer aux ombres). De nombreuses interprétations mythologiques ont été fournies sur cette légende. Dans le cadre de notre réflexion sur l’artiste et son œuvre, je me contenterai de celle-ci : l’œuvre a beau être une création, elle est incontrôlable. Elle a une vie propre. Et malgré le prétendu droit de vie et de mort que l’artiste a sur son œuvre, il ne peut jamais que la transformer. Sa destruction est tout bonnement impossible. Il ne peut que se contenter de la reléguer aux ombres, et encore, si elle a pris suffisamment de force, elle y restera pour alimenter l’inconscient (le monde de la nuit) tandis que l’artiste sera mort depuis bien longtemps.

Non, l’artiste n’a pas la maîtrise sur son œuvre. Seuls les artistes les plus égotiques croient à cette toute puissance et à ce fantasme démiurgique qui ne sont finalement qu’illusoire. Tous les autres le savent : ils ne sont maitres de rien. Ils n’en maîtrisent pas tant que ça la création et perdent tout contrôle à l’instant même où ils l’envoient à un éditeur (qui sera décisionnaire à sa place de la publication ou non). Alors autant dire que dès que l’œuvre est publiée, c’est la fin des haricots !

L’émancipation de l’œuvre

La confrontation de l’œuvre au reste du monde, c’est un peu comme ce moment tant redouté où l’adolescent quitte la maison. Il prend son envol, et à partir de là, on ne contrôle plus rien. Dans le cadre de l’art, c’est pareil, et au niveau de la littérature, ça se traduit par ce moment fatidique de la publication. L’œuvre se confronte au public. Qu’elle soit rejetée ou acclamée, cela conditionnera son existence, et l’artiste ne pourra rien y faire. Il lui faudra se plier aux aléas.

« It’s alive »

J’ai déjà utilisé le mythe de Bloedewedd pour évoquer la vie qui prend corps dans l’œuvre (et pour évoquer le fait que l’artiste en perd sa maitrise). On ne peut maitriser, on ne peut « posséder » qu’un objet inanimé. A partir du moment où il développe une existence propre, l’objet devient sujet et ne peut plus se contenter « d’être agi ». Qu’il le veuille ou non d’ailleurs ! Il va pouvoir faire ses choix, choisir ses actions, agir pour avoir une influence dans le monde et dans sa propre existence. Et bien sûr, se confronter à l’altérité, confrontation qui va influencer ses choix en fonction de ses valeurs. L’exemple typique, c’est la Créature de Frankenstein (merci à Mary Shelley pour ce magnifique exemple). Composée de toute pièce, animée du souffle de la vie peut-être par une intervention divine (en tous cas par l’intervention de la Fée Electricité) mais aussi hors normes ses choix et actions motivées par un état d’esprit tout particulier mais aussi sa confrontation à une altérité qui n’est pas prête à l’accueillir dans toute sa singularité vont conduire son créateur à la mort, et vont l’encourager à choisir la voie de l’exil (avec l’intention d’en finir). Edward aux mains d’argent reprend ce thème évidement. Il y a bien des questions philosophiques derrière cette histoire, mais je me contenterai, là encore, de la lecture qui agrémente mon propos : la créature est une œuvre à laquelle l’artiste (le Dr Frankenstein) a su donner vie (par son seul génie ou grâce à une intervention extérieure divine). Il la confronte au monde extérieur, et sur cette base, n’a plus de prise sur les actions et choix de sa créature, ni sur la façon dont elle va être accueillie par le public. Le rejet le tue, et tue sa créature, au moins symboliquement (passer les brumes, même si on n’annonce pas son intention d’en finir, c’est une parfaite métaphore de la mort (on peut aussi traverse de l’eau, voire traverser de l’eau dans la brume !)… ainsi que l’exil d’Edward, d’une certaine manière). A partir de quel moment à t-il perdu le contrôle ? Quand le souffle de vie a animé sa créature et qu’il ne pouvait plus la manipuler simplement comme une poupée de chiffon (ou de chair). Quand la créature s’est vue pourvue d’une âme (encore une fois, j’utilise le concept) elle s’est émancipée. Le créateur n’y peut rien. Il ne peut que créer et laisser ses œuvres s’émanciper, pour le meilleur et pour le pire. Évidemment, une œuvre littéraire (ou d’un autre art) n’est a priori pas une personne pourvue d’une conscience (quoi que si je ne m’abuse, La Venus d’Ille part sur ce postulat… mais c’est une fiction… n’est-ce pas ?…). Elle ne fait pas de choix comme on l’entend traditionnellementi. En vrai, c’est métaphorique tout ça. Métaphorique du fait qu’un artiste qui met tout dans ses œuvres (tout quoi ? J’apporte quelques éléments de réponse plus bas), des œuvres aussi géniales soient-elles, ils n’ont aucune prise sur la façon dont le public va les accueillir. Le rejet peut les conduire à la mort et à la folie parfois… et les œuvres, même immortelles, tomber dans l’oubli. Aucune scène ne montre Frankenstein mourir. Malgré sa décision d’en finir : il ne peut que partir errer dans la brume.

Les chaînes de la popularité

Donc l’œuvre devient indépendante. Elle se désolidarise de la vie de l’artiste (plus ou moins : il y aurait un fameux contre exemple avec Hercule Poirot, qu’Agatha Christie à « tué » avant de mourir elle-même… plus pour clôturer son travail que pour l’empêcher de perdurer, selon moi). Elle échappe tellement à son contrôle que si l’artiste lui-même n’a pas réglé ses problèmes d’égo et réfléchi à sa place autrement qu’en termes démiurgique et de célébrité, il se retrouve coincé. Il arrive à l’œuvre de dépasser de très loin son créateur, au delà même d’une vie indépendante : Sherlock Holmes a supplanté Conan Doyle bien comme il faut ! (j’écrirai peut-être un article au sujet de Sherlock un jour) Je ne parle pas du fait que le mythe prend de plus en plus d’ampleur, que chaque réécriture ou adaptation rend le personnage toujours plus riche, plus profond, l’œuvre plus symbolique (bref, devient une légende). Je parle du fait que Conan Doyle a été vexé de l’engouement du public pour son personnage plutôt que pour lui-même. Pour l’œuvre plutôt que pour l’artiste. Il a voulu le tuer. Le public l’en a empêché. Il s’est tellement fait fustiger qu’il a été obligé de trouver une astuce pour le faire revenir (oui enfin il aurait aussi pu tous les envoyer balader, note bien… mais il y tenait à sa célébrité…). De bout en bout, Conan Doyle est soumis à Sherlock Holmes et à son œuvre : création, supplantage. Destruction, taulé général. On pourrait aussi dire qu’il est attaché à sa position d’auteur et non d’artiste, et qu’il est soumis à l’avis du public. Le fait est qu’à la fin, c’est Sherlock qui gagne (et avec lui le public). L’œuvre a acquis une vie propre et refuse de se laisser détruire par son créateur. Quant au public, il lui sert de soutien dans son émancipation.

Quand le public s’empare de l’œuvre

Le public, parlons en un peu. On pourrait croire qu’il n’a aucune raison d’apparaitre dans une dissertation évoquant la relation entre un artiste et son œuvre. Pourtant, il joue le rôle du sécateur. On pourrait le comparer au rôle psychanalytique du père dans le couple mère-enfant : le public est l’altérité qui offre a l’œuvre la possibilité de se séparer de son créateur pour s’émanciper et mener sa vie, que ce soit lié à un rejet total ou à un accueil chaleureux (ou a toutes les variations qui se situent entre). En fait, je pousserai même ma réflexion en prétendant carrément que le public cocréée l’œuvre avec l’auteur ! Ouais, j’ose ! J’évoquais les fanfictions tout à l’heure en expliquant que les droits d’auteurs, « mais lol quoi ». Je vais plus loin ici : chaque réécriture, chaque spinn-off, chaque fanfiction, reprise, adaptation vient très largement enrichir et compléter, approfondir oserais-je dire l’œuvre originelle. C’est ainsi que les comics par exemple, nés dans les années 1930, ont vu de nombreuses adaptations particulièrement cinéma et télévisuelles aller a priori dans une direction totalement différente de celle qu’avait choisi l’auteur. Bon il est vrai que ces œuvres n’appartenant pas au domaine public, les artistes créateurs sont d’une part dédommagés, d’autre part la plupart du temps consultés. Mais d’une part, la consultation n’est pas systématique, et d’autre part, le nouveau cocréateur vient ajouter son propre regard sur l’œuvre. L’exemple de Sherlock Holmes suffirait, mais comme on en a déjà parlé plus haut et que je pars sur le comics, je vais plutôt partir sur Batman. Si je ne m’abuse, le premier comics est sorti vers 1936. Il y a presque cent ans. Et oui ! A l’époque, il était une sorte d’anti-Superman, qui était lui-même un peu trop parfait pour être honnête. Il me semble avoir lu que les créateurs de Batman voulaient un héros moins héroïque, le dark side of the superman si on veut. Il était violent, qui frappe et tue ses ennemis sans état d’âme dans une Chicago alternative (Gotham City donc) non moins violente. A la sortie de la dernière trilogie (et toute mort ratée de Marion Cotillard mise à part), je me suis dit qu’il avait quand même drôlement changé, le bougre ! Toujours aussi sombre, il était bien moins violent (du moins gratuitement) et avec une éthique bien plus ancrée… psychorigide, même ! Nolan (le réalisateur) a privilégié un regard plus introverti sur le héros, plus intime aussi. Il a choisi un angle d’approche qui a donné, finalement, de l’épaisseur au personnage (sans compter qu’entre temps, on était passé par les épisodes des années 80 et 90, qui l’ont fait basculer du côté « héros sympa » de la Force… il y a eu des séries que je ne connais que trop peu pour en parler plus avant). A chaque réécriture, c’est un lecteur ou un spectateur qui a réinvesti le personnage et l’histoire pour devenir créateur à son tour et proposer une vision enrichie d’un Batman qui, avec ses petits compagnons (Joker en tête), pourrait prétendre non plus au statut d’histoire sympathique ou d’œuvre d’art, mais carrément au statut de mythe. L’œuvre des premiers créateurs existe encore en tant que telle, mais se trouve aujourd’hui très largement étoffée d’autant de versions qu’il y a eu de spectateurs/lecteur pour en créer (peu importe la qualité qu’on leur prête). Non contente de s’émanciper de son créateur, l’œuvre va flirter avec d’autres cocréateurs… la coquine !

Une fois de plus, non, l’artiste n’est pas maître de son œuvre. Pour que son œuvre soit œuvre, il doit la confronter à l’altérité. Au moment même où il la confronte, elle lui échappe et devient immortelle, sans lui. Il se voit contraint à regarder son œuvre évoluer dans une direction qu’il n’avait pas nécessairement prévue, et qui ne lui plait pas nécessairement du reste, en cocréation forcée avec d’une part les éditeurs qui voudront bien la publier (les galeries qui voudront bien l’exposer, etc…) et d’autre part avec les lecteurs (le public) qui voudra bien la lire. Un public qui la modifiera parfois, mais qui dans tous les cas la recevra de sa façon bien à lui, là encore peut-être en contre sens de l’identité que l’artiste avait voulu pour son œuvre. Au contact de l’extérieur, l’œuvre déploie une identité sur laquelle l’artiste n’a aucune prise ! L’œuvre est une maîtresse volage qui a besoin de sa cour pour exprimer son plein potentiel.

L’œuvre Maîtresse

L’œuvre est une amante, l’œuvre est une maîtresse… maîtresse qui dicte à son chevalier servant, l’artiste énamouré, ses quatre volontés. Bien loin de maîtriser son œuvre, l’artiste lui est complètement soumis. Une soumission si ce n’est volontaire du moins consentie, toutefois, dans une relation éros/thanatos d’une délicieuse ambiguité.

Thanatos

Quelle souffrance pour un artiste de sortir de soi l’œuvre qui lui a été soufflée (par la Muse, ou par sa seule inspiration : choisissez l’option qui vous fait le plus rêver) ! Créer est loin d’être une sinécure, malgré l’aspect très ludique que ça prend de l’extérieur. Un danseur classique a des heures d’entrainements douloureux derrière lui. Un artiste peintre aura les doigts engourdis, ou aura dû faire vache maigre pour avoir le temps de créer (ou, dans le temps, pour s’offrir le pigment nécessaire à sa création…). Quant à l’écrivain, et bien ma foi, écrire une dissertation de philosophie au lycée, tu sais tout ce que ça implique de sueur et de souffrance (et si tu n’y es pas encore ou si tu n’y es jamais allé, tu as quand même écrit des trucs obligatoires à un moment ou a un autre de ta scolarité). Tu n’as qu’à amplifier ça par plein pour effleurer vaguement l’idée de la douleur d’écrire pour un écrivain. Syndrome de la page blanche, insatisfaction chronique, difficulté à formuler avec des mots restrictifs des idées et des ambiances grandioses, heures et heures passées devant un écran d’ordinateur (imagine un peu le truc quand on écrivait encore à la main !!!), personnages rétifs et histoires retorses ! J’ai plusieurs amis écrivains et tous sont soumis à l’une ou l’autre de ces difficultés, voire plusieurs à la fois, voire d’autres qui ne me viennent pas en tête ce soir. C’est Flaubert, dans un genre plus classique (heureusement qu’il a écrit Salmbô, un truc bien fantastique pour rester dans la thématique) qui se torturait l’esprit et le corps pour réussir à écrire de la manière la plus adéquate (et oui, si Madame Bovary est chiant comme la pluie, sache qu’en vrai c’est fait exprès). Créer est une douleur, comme accoucher est loin d’être une partie de plaisir. Quand par là dessus l’œuvre prend un malin plaisir à te tourmenter (genre l’idée pénible de 3h du matin, tu sais, celle qui t’empêche de dormir en plus la rascasse), le tableau est complet. Sur ce questionnement, Les Chroniques des Crépusculaires et en suivant le jeu de rôle Agone, de Mathieu Gaborit, est édifiant. Le cœur du propos se situe dans la lutte psychologique entre Agone et son épée, dont le nom m’échappe mais qui est une création parfaite et qui en tant que telle a développé une conscience propre et une relation d’amoureuse pas mal exclusive avec son possesseur (qui n’est pas son créateur, note bien). Et qui le pousse dans ses retranchements. Mais bon si je t’en dis plus je vais spoiler, et autant ça ne me dérange pas trop avec Shakespeare, autant ça me tracasse plus avec des auteurs dont les œuvres sont un peu moins « plus connue que ça tu meurs ». Le fait est que pour cela, un auteur peut en venir à haïr son œuvre. Pour toute la souffrance qu’elle lui fait subir : souffrance à la création, souffrance à l’émancipation, égo confronté à une réalité qui le foule au pieds ? Pourquoi ? Mais pourquoi s’acharne t-il, ce pauvre artiste qui se fait malmener de bout en bout par une maîtresse capricieuse ?

Eros

C’est qu’il l’aime son œuvre ! Éperdument par là-dessus ! Peut-il aimer quoi que ce soit plus que son œuvre dans la vie, l’artiste ? (tous les artistes de la salle sont conviés à répondre à cette question : leur avis m’intéresse). L’œuvre est son souffle, son amie, son amante, sa tortionnaire et aussi le sel de son âme. Quoi de mieux, pour illustrer cet état de fait, que le mythe de Pygmalion ? Rappelle toi Barbara, Pygmalion c’est ce sculpteur grec qui a créé une statue si belle qu’il en est tombé amoureux. Il a fait prière à Zeus de donner vie à son œuvre (tu vois la relation avec Bloedeuwedd là ? Bon. Sauf que Gwidion a créé la donzelle pour un autre et qu’il n’a pas eu besoin de prier). Aphrodite (bah rien que ça, oui, la déesse de l’Amour, mère ou fille d’Eros himself, selon les versions) accède à sa demande et c’est ainsi que Galatée a pris vie de chair et d’os pour devenir la femme de Pygmalion. Il y a mis tellement de larmes et de sueur, de compétence, d’amour, et des petits bouts de son âme surement, l’artiste, qu’il ne peut imaginer vivre sa vie avec une autre compagne (là encore, le mythe peut s’interpréter de bien des manières mais on va se contenter de ce qui fait exemple pertinent dans le cadre de cette réflexion). Et en l’occurrence, cet amour est partagé. L’œuvre aime son artiste, d’une manière que seule une œuvre peut aimer. Combien d’autres artistes évoquent la relation quasi sensuelle qui est partagée avec l’œuvre ? Les arts plastiques sont particulièrement propice à ce genre d’expérience, mais décrire une scène, décrire un personnage, n’est-ce pas le vivre de l’intérieur, le vivre dans sa chair ? Vanessa Terral m’expliquait par exemple qu’elle est capable de laisser émerger en elle les sensations qu’elle a besoin de décrire : si ça ce n’est pas de l’expérience sensuelle ! Je me souviens l’étude de quelques poèmes de la Renaissance, où l’artiste évoque la Muse et toute sa beauté, et tout l’amour qu’il a pour son visage marbré et ses joues qui sont des boutons de roses (et ses dents de perles). Qu’est-ce que l’œuvre sinon une émanation de la Muse ? De l’Art lui-même, en somme. Voilà ce qui permet à l’artiste de tenir le cap, envers et contre tout, de se laisser maîtriser et dominer dans son art par une œuvre caractérielle. Une œuvre caractérielle mais qui le lui rend bien, car elle donne un sens à sa vie.

Non, non, trois fois non, l’artiste ne maîtrise pas son œuvre. Et même il est maîtrisé par elle, jusque dans la souffrance et l’obsession ! C’est elle qui guide la danse. Qui dit quand elle doit s’écrire, de façon impérieuse et qui s’émancipe de la manière dont elle a choisi (avec l’aide du gentil public) quand elle l’a choisi. Elle est maîtresse parce qu’elle a le pouvoir sur l’artiste, mais aussi parce que la relation entre l’oeuvre est l’artiste est une relation passionnelle (plus ou moins) d’amour et de haine, de mort et de vie. Des concepts bien trop puissants pour qu’un simple mortel fasse le poids… Non seulement l’artiste n’est pas maître de l’œuvre, mais en plus, il est à son service. Un service qu’il est ravi de rendre, par dessus le marché, envers et contre tout ! De toute façon, ce n’est pas comme si on lui demandait vraiment son avis…

Conclure…

L’artiste est-il maître de son œuvre ? Je crois avoir avancé suffisamment d’éléments pour pouvoir considérer que non. Une illusion de maîtrise, sans doute. Générée par l’ego peut-être, ou tout simplement par la certitude même qu’il ne maîtrise rien du tout, l’artiste. Il faut parfois se rassurer. Et puis il est peut-être un peu possessif de sa si charmante amante ? Mais en vain, dans tous les cas : l le sait bien, que son œuvre est parfaitement indépendante à partir du moment où elle devient une œuvre ! Qu’elle lui échappe ! Qu’elle est volage ! Il le sait bien, quand il sue au milieu de la nuit pour essayer de donner corps à l’inspiration qu’il a vécue à une heure pas possible, qu’il ne maitrise rien. Qu’il est au contraire très largement maitrisé par une force pourtant non consciente et qui l’utilise pour exister. Mais il l’aime, son œuvre, au delà de tout ! C’est une expérience tellement extraordinaire, de créer ! Le jeu en vaut tellement la chandelle !

Parce qu’en se mettant au service de l’œuvre, l’artiste lui permet d’exister. C’est presque un sacerdoce. C’est au delà de la vocation et du choix de carrière, c’est presque une Mission de Vie ! Avec des majuscules et tout ! Quant à l’œuvre, qu’on le veuille ou non, c’est à l’artiste qu’elle permet d’exister en tant que tel, dans son identité d’artiste. Sans l’œuvre, il ne serait que Bob, ou Jackie. Ce serait déjà bien, mais il n’existerait pas en tant qu’artiste. L’artiste créée l’œuvre (plus ou moins), mais c’est l’œuvre qui fait l’artiste. Une relation donnant donnant de cocréation mutuelle, ou chacun maîtrise l’autre, à sa manière, ou chacun possède l’autre comme il le peut (ou pas) mais surtout ou chacun permet à l’autre de s’exprimer et de se réaliser dans sa Légende Personnelle.