Electric’ Cités – Jean-Christophe Béchet

Comment passer à côté du travail de Jean-Christophe Béchet quand on propose une thématique ville ? Ce photographe, qui est aussi le rédacteur en chef adjoint du magazine Réponse Photo (et Rédacteur en chef des hors-série), a beaucoup voyagé, et photographié de nombreuses villes. Avec tout ce qu’elles recèlent de trésors et d’identités.

Penang Jean-Christophe Béchet

Penang
Jean-Christophe Béchet

Ce qui me fascine, quand je regarde ce travail, c’est ce que cela révèle : chaque ville se ressemble, et pourtant, chaque ville possède une personnalité qui lui est propre. La question de fond que cela me pose, c’est de savoir qui donne son identité à l’autre ? De l’Homme ou de la Ville, qui infléchit le caractère de l’autre ? Les deux entités seraient-elles interdépendantes ? Et toutes deux, bien vivantes ? Pas de Ville sans Hommes, jusque là, on conçoit. Mais la Ville s’est-elle affranchie de l’Homme, pour devenir une entité à part entière, et ainsi, bien que dépendante de la vie qui y grouille, devenir très largement inspiratrice d’un certain mode de vie ?

Calcutta Jean-Christophe Béchet

Calcutta
Jean-Christophe Béchet

Paris Jean-Christophe Béchet

Paris
Jean-Christophe Béchet

Nouvelle-Orléans Jean-Christophe Béchet

Nouvelle-Orléans
Jean-Christophe Béchet

Des villes, aussi, aux caractères très différents, et pourtant si semblables : de Paris à Tokyo, les gens savent prendre le métro. De Moscou à Séoul, toutes vivent au rythmes d’une Fée qui répand ses filaments électriques sur le monde. Toutes savent vivre la nuit. Toutes ont passé le cap d’une Révolution Industrielle dont le souvenir s’éloigne, mais qui sait se laisser rappeler…

Moscou Jean-Christophe Béchet

Moscou
Jean-Christophe Béchet

Le Pont de l'Europe Caillebotte

Le Pont de l’Europe
Caillebotte

San Fransisco Jean-Christophe Béchet

San Fransisco
Jean-Christophe Béchet

L'Absinthe Edgar Degas

L’Absinthe
Edgar Degas

Jean-Christophe Béchet dit qu’un Parisien et un Tokyoïte se ressemblent probablement plus qu’un Parisien et un campagnard Ariégeois.

La ville rapprocherait-elle les gens qui y vivent, par delà l’espace, et par delà le temps ?

Le travail de Jean-Chistophe Béchet est très instructif, sur la ville. Très poétique, aussi, et qui tend à se dénuer de nombreux fards, et avec une ambiance que je trouve assez proche, également, d’un Hopper (vous savez comme j’aime ce peintre). Ce sont des portraits saisissants, qui sont proposés.

Je vous encourage véritablement à aller découvrir la cinquantaine de clichés citadins que je n’ai pas reportées ici, en cliquant sur CE LIEN. A découvrir le regard de Monsieur Béchet sur la Ville en général, et les villes en particulier. Et pourquoi pas, à cliquer sur d’autres liens pour découvrir les autres aspects de son travail !

NB : je n’ai pas réussi à contacter Jean-Christophe Béchet. Il est évident que si cet article lui posait problème pour des questions de droits d’auteur (bien que j’aie bien crédité toutes les photos qui lui appartiennent) je le supprimerais immédiatement. Qu’il n’hésite pas à me contacter le cas échéant.

Freak’s Squeele – Florent Maudoux

Freak’s Squeele
Florent Maudoux

Maudoux-Freaks-Squeele-1

Pour la BD de ce mois-ci, je me suis lancée dans une lecture commune avec le blog SFFF 100% VF, qui m’a proposé de lire le premier tome de la série BD Freaks Squeele, Etrange Université. Je ne connaissais pas du tout, et ne savais pas trop à quoi m’attendre. Dommage que je ne l’aie pas lu le mois dernier, il se serait parfaitement intégré à la thématique SuperHéros des Vendredis Oniriques d’avril…

Le synopsis est très simple : dans une université qui forme des superhéros, l’auteur relate l’histoire de trois étudiants très antihéros. Chance est une démonette, avec ses petites cornes, ses grandes ailes de chauve-souris, sa force frôlant le zéro absolu et sa maladresse légendaire. Ombre de Loup, dit Ombre, est un Loup-Garou qui ne prend pas forme humaine, très fort et impressionnant, mais timide et parfois un peu pataud (il faut dire que rien n’est adapté à sa taille). Li Xiong Mao, enfin, est une jeune eurasienne super-normale, tout ce qu’il y a de plus humaine. Heureusement, elle a quelques tours dans son sac. Il leur arrive donc tout un tas d’aventures plus ou moins attendues, entre épreuves de classe et catastrophes inopinées, sans compter sur l’aimable support d’Amanite, gothique et gentille comme une porte de prison.

Rien de véritablement original, en fait. Et c’est le principal reproche que j’aurais à faire à cette bande dessinée. Rien n’est véritablement original. L’idée de l’école de héros est toujours efficace, mais commence à être connue (ici nous sommes en faculté, ce qui me parait plus intéressants que le collège ou le lycée déjà). Le groupe de loosers qu’on va suivre dans leurs péripéties ne m’est pas non plus inconnue, et les clichés des bancs d’écoles ne sont pas esquivés.

Pourtant, je dois bien l’admettre, j’ai bien rigolé ! Les personnages sont très attachants, tous autant qu’ils sont (y compris Amanite la vilaine fille à papa). J’ai à ce propos une tendresse pour Valkyrie, dit Val, aimable viking, taillée comme une armoire à glace, dont le rêve secret est d’être une magical-girl et qui parvient en une seule phrase à réunir, comme nous avons tous rêvé de le faire un jour, Sailor moon et les Maitres de l’Univers

Et comme ce dernier élément vient de vous le démontrer, Florent Maudoux s’amuse énormément avec les codes des histoires de super héros, ainsi qu’avec les références qui ont fait notre jeunesse. Du coup, l’aspect peu original se justifie. Le résultat, c’est qu’on s’attend un peu à tout ce qui se passe (du moins dans le premier tome) mais qu’on se marre franchement (entendre glousser son Ours à 2h du matin à côté de soi : priceless).

L’auteur nous réserve toutefois quelques surprises vis-à-vis du passé de certains personnages principaux, ou encore de traits de caractères de certains personnages secondaires qui ont aussi chacun leurs petits secrets et qui font de cette bande dessinée un produit orienté au moins pour les jeunes adultes (le choix de l’université n’est à ce titre pas anodin du tout).

Enfin, un petit mot sur la forme. L’auteur a choisi un format en noir et blanc, qui peut déstabiliser. D’après les notes de fin de tome (un des points positifs de la BD : les notes de fin de tome, explicatives, et/ou juste amusantes), il s’agit de donner de la force aux effets d’ambiance. Ça m’a un peu perturbée au début, habituée que je suis aux planches en couleurs, mais on s’habitue. Et puis il y a un chapitre colorisé au milieu en cadeau !

Sinon, c’est du 130 pages, c’est du 19 par 27 (je ne sais pas s’il y a un terme technique pour évoquer ce format), et deux spin-off déjà parus, pour leurs premières parties respectives, au format de-qu’on-a-l’habitude-nous-les-francos-belges (et qui si je ne me trompe pas, s’appelle 48cc). Pour le dessin, j’en ai beaucoup apprécié la fluidité (qui rend pas mal justice, du coup, à l’évocation du flamendo) et le mi –chemin entre trait manga et trait plus occidental. Les personnages ont du corps, et de la souplesse à la fois, et je trouve que le mélange leur sied à ravir.

En somme, un premier tome qui joue bien son rôle de premier tome, en présentant agréablement l’univers, les protagonistes, les situations et l’atmosphère. J’espère que les suivants gagneront en originalité, mais si j’en crois les quelques articles lus de-ci de-là, je ne devrais pas être déçue.

Valaaa !!! 15 euros bien investis, donc, et qui si je ne me précipiterai pas faute de finances, seront suivis par d’autres investissements du même type. En plus, l’édition originale fait une collection plutôt jolie dans la bibliothèque.

 

Pistoletto s’expose au Louvre

Michelangelo Pistoletto s’expose au Louvre
Année 1, Le Paradis sur Terre

Pistoletto s'expose au Louvre

 

Ce soir, j’ai choisi d’évoquer une exposition que j’ai eu l’occasion de voir lors de ma visite à Paris du week-end du 10 mai. Michelangelo Pistoletto, artiste encore vivant (donc rien à voir avec le Michelangelo de la Chapelle Sixtine), expose en plein cœur du Louvre. Il investit le prestigieux musée, au sein duquel on peut rencontrer différentes œuvres qu’il a crées ces cinquante dernières années. J’ai eu pour ma part un immense plaisir à retourner dans ce musée qui a accueilli deux ans de mes études (à l’époque où je faisais de l’histoire de l’art), et à le reparcourir avec une optique différente…

Une Chasse au trésor !

C’est ainsi que je me suis pleinement immergée dans la quête des œuvres de Pistoletto. Le Louvre est un très grand musée, et qui le connait sait qu’il faut bien une année complète à le parcourir pour apprendre à s’y retrouver ! Personnellement, je n’y avais pas mis les pieds depuis plus de 5 ans… repères tous bouleversés mais carte en main, ma mère et moi-même nous sommes lancées dans un jeu de piste qui transforme le musée, espace figé souvent considéré comme terne et ennuyeux (à tort !), en aire de jeu qui nous reconnecte avec une part d’enfance ! Bien sûr, il ne s’agit pas de crier, de se rouler, ou de tripoter les œuvres (surtout pas de tripoter les œuvres !!!), mais bien de se transformer en Indiana Camille (Camille est mon prénom civil, donc) ou jouer au jeu des 17 différences (17 œuvres présentées). Pistoletto investit l’espace musée en incluant, dès ce stade, une interactivité avec le spectateur qui se retrouve dans son travail.

Le Spectateur, partie intégrante de l’œuvre

Pistoletto travaille en effet beaucoup avec l’effet de miroir : les silhouettes sont collées sur des plaques d’acier réflectives, incluant le spectateur comme un personnage lui-même, et modifiant l’arrière-plan en fonction de l’environnement. On découvre parfois des détails, un tableau de maître derrière soi que l’on aurait raté… on cherche le tableau de Pistoletto, et on rencontre tout le reste… De même, l’intégration du spectateur dans l’œuvre permet de faire d’une réflexion générale sur l’humain une réflexion plus personnelle, propre à chacun, propre à sa réaction de se trouver au cœur d’un groupe de révolutionnaires, ou enfermé dans une cage fictive… En l’intégrant dans l’œuvre, Pistoletto touche véritablement chaque visiteur individuellement, au plus profond de lui. Un visiteur qui se trouve confronté à son propre reflet, à ses propres schémas, confronté à lui-même, en somme.

Cage, de Pistoletto Le métal poli reflète t-il le Louvre derrière vous, ou êtes vous coincé dans une cage ?...

Prises de consciences et prises de partis

Cette confrontation à soi-même et cette réflexion sur l’Humain, le monde dans lequel il vit, n’est toutefois pas jetée telle quelle, sans propositions. Pistoletto dénonce un consumérisme forcené qui rend stupide, mais propose la solution d’une consommation responsable, d’une fondation-laboratoire communautaire, autonome en termes de production, aux déchets durablement gérés, à l’architecture éco-pensée et qui serait un lieu d’enseignement et de partage. Autant de préceptes partagés et pensés, mais aussi mis en œuvre, avec en arrière-plan une idée de respect de l’autre dans la richesse de sa différence.

Mais Pistoletto est aussi du genre à donner son point de vue quant à l’importance du féminin, pour ancrer ces pratiques. Son symbole à trois cercles est très évocateur du Féminin, pour moi, en tant que réceptacle, ou forme de Graal (sans compter le chiffre trois, éminemment lié au féminin Sacré avant même de représenter la Sainte Trinité). Il évoque les paradis naturels et artificiels, réunis en ce troisième paradis, fusion des deux autres, qu’il souhaite que nous atteignons, en tant qu’espèce et partie prenante du monde que l’on foule. Posé sur le phallique obélisque, couvert de miroirs et ainsi disparu du monde (très Feng Shui cette affaire), ce symbole représente le Féminin, qui  reprend le dessus, avec amour et tendresse, pour mener l’Homme (en tant qu’espèce) vers un autre stade de son intégration au monde.

Obelisco e terzo Paradiso, Pistoletto

Pistoletto, artiste de la Nature

Son point de vue est très clair, exprimé. Son œuvre n’est pas sensée lui survivre des millénaires. Comme tout, elle est soumise aux Cycles, et vouée à la destruction. C’est ainsi qu’il la souhaite. Lui-même se dématérialise : son autoportrait est la seule œuvre présentée qui soit conçue sur un film plastique transparent. Sa silhouette pleine d’une représentation du cosmos. A la fois insignifiant et représentation microcosmique de l’univers, comme chacun d’entre nous.

Les œuvres de Pistoletto, par leurs messages et leur réinvention de l’espace musée, m’ont énormément touchée. Ceux qui me connaissent savent que ce sont des thématiques dont je suis très proches, et qu’elles ne pouvaient que frapper en plein cœur. Découvrir cela dans un musée qui fait partie de mon histoire personnelle, pour lequel j’ai une affection toute particulière, a été un grand moment de joie que je voulais partager sur ce blog.

Michelangelo Pistoletto L'artiste et son logo

L’exposition perdure jusqu’au 02 septembre 2013, avec pour seul coût celui de l’entrée au musée. Renseignez-vous, nous sommes nombreux à pouvoir y entrer gratuitement. Je trouve que ça mérite un détour, qui permet de découvrir ou redécouvrir le mythique musée par-dessus le marché.

De bons présages – Terry Pratchett et Neil Gaiman Publié le 30 avril 2012

Vous connaissez Pratchett ? Mais si vous le connaissez… Les Annales du Disque-Monde ! Rincevent… Deuxfleurs !!! L’un des meilleurs auteurs de fantasy de son époque (de la nôtre, donc, puisqu’il est toujours de ce monde). Bon effectivement si habituellement vous ne lisez rien de ce genre de littérature, il se peut que vous ne le connaissiez pas… de la même manière que je ne soupçonnais même pas l’existence de Gaiman avant de lire cet opus qui a réuni les deux auteurs britanniques (et pourtant, Gaiman a un sacré bagage derrière lui).

Et bien si votre culture littéraire souffre de cette lacune, dites-vous qu’ils gagnent tous les deux à être connus. Et pourquoi pas en commençant par ce roman à quatre mains ?

De bons présages
Pratchett et Gaiman

La storyline est simple : un enfant est voué à devenir l’antéchrist. C’est lui qui déterminera qui de Dieu ou du Diable remportera l’ultime combat. Pour que les chances soient égales, ON (je ne rappellerai pas ce célèbre aphorisme…) confie son éducation à une famille humaine, sous l’œil attentif d’un ange et d’un démon chargés d’éviter que la balance ne penche avant l’heure (d’ailleurs, ils ne sont pas si mal sur terre… si l’enfant pouvait éviter de choisir ça les arrangerait bien). Pas de bol, deux gamins sont échangés à la naissance, et le petit antéchrist (Adam… sisi…) est élevé loin de toutes ces contingences divino-diaboliques. Arrive pourtant le jour tant redouté de la Fin des Temps (rien que ça). C’est le grand rassemblement : Cavaliers de l’Apocalypse (pauvre Pestilence, la découverte de la pénicilline l’a contraint à une retraite anticipée… devinez qui prend la relève ?) et tout le tintouin. Que va-t-il donc advenir des Hommes ? Quel sera le rôle d’Adam ? Mais comment cela va-t-il donc se terminer ? ***musique qui fait peur***

C’est une histoire trépidante, pleine d’aventures et d’artefacts puissants, de bandes de copains que rien n’effraie (parce que quand on est un gamin, on n’a peur de rien) et d’un humour reconnaissable et particulièrement savoureux. On aura une pensée émue pour la Mort, que tous les inconditionnels du Disque Monde reconnaitront avec délice (grands yeux bleus, voix tonitruante… et puis sympa, il faut le dire).

Ce roman traite en particulier du thème du Libre Arbitre : quel camp Adam va-t-il choisir ? Comment s’assurer qu’il ne sera pas influencé ? En le mettant sous surveillance ou tout simplement en le laissant vivre une vie normale ? Et de façon plus implicite, doit-on se laisser influencer par ce qu’on nous assène de droite et de gauche, bien-pensants d’un côté et rebelles de l’autre, ou se faire un avis par soi-même, en son âme et conscience ? J’imagine que la volonté des auteurs n’était ni politique ni religieuse. J’aime à croire pourtant que l’hypothèse d’une portée symbolique teintée d’humour n’est pas à éliminer. Quoi qu’il en soit, c’est ce que cela m’a évoqué.

Je ne connais pas bien Gaiman, je ne peux donc pas émettre d’avis sur ce que j’ai lu pour le mettre en regard avec le reste de son œuvre. En revanche, je peux dire que le style Pratchett, bien reconnaissable est toujours aussi succulent. Apparemment, il aurait écrit deux tiers du roman, parce qu’il est, selon ses affirmations, «un salaud égoïste et [il] essayai[t] d’écrire en avance pour avoir les bons morceaux avant Neil »… (les yeux avertis auront reconnu que je tronque l’information : il s’agirait avant tout d’un accord entre eux, bien entendu)

Ai-je besoin d’ajouter quelque chose pour vous donner envie de le lire ? Par ma formation en histoire de l’art et en littérature, j’ai été amenée à me pencher sur la question de la Bible. J’ai été ravie de découvrir cette version originale et marrante de l’Apocalypse. Si c’est ce qui nous attend le 21 décembre, j’organise une soirée pop-corns.