Quinzième étape : Vietnam – Le Temple de la Grue Ecarlate – Tran Nhut

Grue Ecarlate – Tran Nhut

 Le Temple de la Grue Ecarlate, une enquête du mandarin Tan

 

TRAN NHUT

Le Temple de la Grue Ecarlate TRAN NHUT

Tran Nhut
2001
Picquier Poche

Quoi de mieux pour se remettre en jambe après un petit mois de pause-blog que de reprendre mon Tour du Monde là où je l’avais laissé ? Souvenez-vous, j’étais au Laos. J’embraye avec le Vietnam, directement voisin et que Cotterill m’avait donné envie de visiter en l’évoquant dans son Déjeuner du Coroner.

Le contexte du Temple de la Grue Ecarlate est toutefois très différent de celui proposé par Cotterill, bien qu’il s’agisse une fois de plus d’un roman d’enquête. Le Mandarin Tan est un homme du gouvernement, assigné à une province imaginaire dans un passé assez lointain, le XVIIe siècle si je ne m’abuse. Les auteurs, car il s’agit là d’un roman à quatre mains, insistent bien là-dessus : la contrée est imaginaire, mais les mœurs prennent racine dans la culture Vietnamienne de l’époque en question. Quant au Mandarin Tan, il est inspiré d’un prestigieux aïeul. Que s’y passe-t-il, dans  cette province, et dans cette ville en particulier ? Et bien pour commencer, le Mandarin Tan est présenté à toutes les jeunes filles à marier. Cela commence d’ailleurs à lui courir sur le haricot quand le premier meurtre intervient. Il va être suivi de nombreux autres, tous perpétrés sur ceux que l’on appelle « Les rejets de l’arbre nains ». Des enfants difformes qui sortent d’on ne sait où, mais qui tous ont été recueillis par les moines du Temple de la Grue Ecarlate. Je n’en dis pas plus, vous savez comme il est très facile de dévoiler des choses qu’il vaudrait mieux gardées secrètes, pour conserver la surprise.

Qu’en ai-je pensé, de ce roman, le premier d’une série qui met en scène le fameux Mandarin, jeune et svelte, golden boy de la société Vietnamienne ancienne ? J’avouerai d’abord que j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le roman, mais je pense que c’est lié au grand écart culturel, ou tout simplement à la présence de ce fameux moment où les auteurs (deux sœurs en l’occurence) mettent en place les jalons de l’histoire. Il m’a fallu quelques pages, et le premier mort pour que je m’y plonge franchement. Pour que les personnages commencent à révéler leur part d’ombre, aussi. Parce que comme souvent dans les polars, il s’agit de faire remarquer au lecteur la différence notoire entre la façon dont les notables se comportent en société, et leurs perversions cachées. Tous en ont. Tous ont des secrets, aussi respectables soient-ils. Sadisme, amertume, jalousie, suffisance, violence… tous ces sombres sentiments, qui sont finalement inhérents à l’espèce humaine mais dont ils sont aussi la honte à camoufler prennent une place insoupçonnée, et les auteurs se font un devoir de les mettre au jour, au moins aux yeux du lecteur. Si bien qu’au-delà de la résolution d’une enquête dans un contexte historique précis, j’ai pour ma part compris qu’il s’agissait surtout de dévoiler des vices atemporels.

Seule tâche au tableau, le Mandarin Tan lui-même. Pourquoi ? Il est un peu trop parfait, au milieu de toute cette imperfection. Loyal, honnête, dépourvu du moindre vice… sa seule honte est d’être né paysan, et c’en devient un atout puisque les auteurs nous montrent qu’il n’a jamais oublié ses origines… Il faut sans doute bien ça pour ne pas se laisser entacher par les vicissitudes du monde dépeint, mais je n’ai pu m’empêcher de le trouver plus blanc que blanc, ce qui est trop. Je ne sais pas si je dois y voir, en tant que lectrice, l’image d’un aïeul fantasmée, ou une figure politiquement correcte dans un pays somme toute marqué par le communisme, ou s’il s’agit juste d’un archétype d’homme parfaitement intègre, seul capable de ne pas se laisser corrompre et d’appliquer une justice équitable pour tous… Il me faudrait peut-être lire les romans suivants, qui approfondissent surement les personnages récurrents.  En l’état, je les ai trouvés un peu trop « de surface », mais cela n’a pas franchement porté préjudice au plaisir de lecture. Le fait est que l’intrigue, elle, est bien ficelée, et qu’en termes de style, je n’ai pas grand-chose à reprocher. Rien qui m’ait transcendé, mais rien qui m’ait rebuté non plus.

En conclusion, j’ai passé un agréable moment avec le Mandarin Tan. Certains éléments me donnent envie de lire la suite, mais pas suffisamment pour que cela devienne une priorité. Ceci étant, me voilà au courant de son existence, avec cinq ou six romans déjà parus dans la lignée depuis : de quoi remplir une PAL qui se serait miraculeusement vidée…