Odd et les Géants de Glace – Neil Gaiman

Pour ma première expérience avec Neil Gaiman, dont on me fait éloge depuis que j’ai ouvert ce blog (et honte sur moi je n’en avais encore jamais lu), j’avais décidé de lire Neverwhere. Sauf que l’on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie, et qu’en plus, les copines vous prêtent des bouquins. Du coup, je me suis retrouvée avec Odd et les Géants de Glace, à lire par un beau dimanche ensoleillé…

Odd est un jeune garçon Viking. Il a douze ans, et il n’a pas de pot. Déjà, son nom lui-même le classe en marge de la société. En plus, son père est mort en expédition, même pas héroïquement. Et comme Odd a une tête en bois, il a décidé de devenir bûcheron, comme feu son papa. Sauf qu’âgé de 10 ans, il ne connait pas les finesses du métier. Et il se fait tomber un arbre sur la jambe. Boiteux, mais volontaire, méconsidéré de tous sauf de sa mère mais toujours souriant, il finit par partir à l’aventure. Sa rencontre avec un ours coincé, un renard et un aigle va changer sa vie. Il va rencontrer des monts (glacés) et des merveilles (divines). Il va rencontrer un monde qui a besoin de lui, juste un garçon éclopé.

Un conte dans la plus pure tradition, sur fond nordique ce dont on a un peu moins l’habitude, voilà qui est rafraichissant (sans mauvais jeu de mot) ! Je ne suis pas sure que ce soit le livre le plus représentatif de l’auteur (je n’en sais rien en fait), mais je l’ai trouvé très agréable, et très qualitatif, aussi bien en termes de style qu’en termes de contenu. Je me rends compte en écrivant qu’il est difficile d’en parler, car la trame mélange des éléments traditionnels du conte, et des éléments détournés. Le jeune héros juste normal, voire brebis galeuse, avec un nom qui n’en est pas un (et donc qui permet la pleine identification – pour les curieux, Odd signifie « bizarre, étrange, inhabituel ». Vous noterez que ça ne vaut pas mieux que « Chaperon Rouge » ou « Cendrillon ») est poussé à quitter le foyer, et avec lui à couper le cordon ombilical. Il a 12 ans, il est en pleine adolescence, et c’est bien d’un voyage initiatique qu’il s’agit. S’autonomiser, dépasser ses limites, ouvrir grand son esprit, voilà des thématiques phares qui permettent d’atteindre l’âge d’homme autrement que par les faits d’arme. Question bravoure, Odd n’a rien à envier à personne. Avec don handicap en revanche, il rappelle sérieusement le pauvre nerd moderne, intelligent mais se tenant loin des stades et largement dénigré par les mâles de sa société…

C’est bien une histoire d’hommes dont il s’agit. La mort de la bonne mère laisse place à celle du père aimant et prêt à se sacrifier, tandis que l’affreuse belle-mère est remplacée par un horrible beau-père. Cette dernière figure, a priori détestable, est pourtant celle qui permet de quitter le nid sans remords. A avancer.

Je pourrais en parler des heures, mais j’aimerais évoquer d’autres aspects de ce conte, en particulier le traitement de la mythologie nordique, que j’ai trouvé certes un peu caricaturale, mais très intelligente au demeurant (ouais… je me permets de dire que Neil Gaiman a une approche intelligente… je suis sure qu’il sera ravi de l’apprendre…). La reprise des mythèmes nordiques est bien pensée, même si je n’aurais sans doute pas abordé les choses exactement de la même manière (en termes symboliques surtout).  Le traitement d’Asgard comme un monde féérique, où le temps ne passe pas de la même manière que sur Terre/Midgard, m’a beaucoup plu également : il suffisait d’y penser, pourtant. Enfin, j’ai été séduite par l’interprétation du concept de divinité. Immuable. Contrairement à l’humain, ce qui fait la si grande richesse de ce dernier.

Le devenir du petit bûcheron éclopé est très intéressant. Il devient homme, par un chemin différent mais non moins mythique, héroïque. Porteur de sagesse, visionnaire, artiste, conteur… Odd porte la marque de ceux qui sont allés dans l’Autre Monde, et qui en sont revenus… d’Orphée à Merlin ou Taliesin, ce mythe est celui de ceux qui grandissent par l’esprit et dans l’adversité. A mettre dans les mains de tous les enfants dits marginaux qui se désespèrent d’avoir de la valeur. De trouver leur place dans un monde étriqué.

Finissons sur un petit mot au sujet des illustrations. Vous en trouverez une à chaque chapitre, crayonné au trait qui se veut sans doute un rappel des magnifiques gravures de Gustave Doré. Sauf que voilà, si le dessin est comme je les aime, doux, onirique (quoi qu’un peu naïf parfois), le papier ne lui rend pas du tout justice. Et les images que j’en trouve sur le net sont souvent encore pire ! Dommage…

Illustration de Brett Helquist. La qualité de celle-ci est passable. Vraiment dommage, car le trait est très joli je trouve.

Illustration de Brett Helquist.
Après recherche, j’ai trouvé cette repro qui n’est pas trop mal niveau qualité. Croyez-moi quand je vous dit que ça y perd sur papier jaune à grain épais.

Alors voilà, Odd et Les Géants de Glace, c’est un roman, a priori plutôt à destination des enfants. Mais l’adulte a beaucoup à en apprendre, et le lecteur énormément à y observer, analyser, comprendre, recouper… Bref, c’est un conte. Un vrai.