Niourk – Stefan Wul

Niourk
Semaine Citadine

Niourk  Stephan Wul

Niourk
Stephan Wul

Stephan Wul
1957

Ma semaine citadine s’est quelque peu délitée dans les problèmes techniques, mais je n’en ai pas moins lu les textes que je m’étais dégotée. Le troisième était Niourk, du français Stephan Wul, qui l’écrivit il y a plus de 50 ans et qui a cela de magnifique qu’il est encore cohérent, en termes d’anticipation…

Niourk évoque une planète Terre asséchée, où les océans ne sont plus que des grands lacs marécageux, pleins de monstres plein de bras (des évolutions de poulpes) qui font peur à la tribu humaine que l’auteur nous propose de suivre… la dernière ? Peut-être, peut-être pas. Nous ne pouvons pas en avoir la certitude. Ce qui est sûr, c’est que la population mondiale a drastiquement baissé ! Le roman évoque la vie de cette tribu, et de l’Enfant Noir, paria car différent (les autres sont tous blancs et blonds, grosso-modo), mais qui en conséquence n’hésitera pas à oser ce que personne avant lui n’a osé : monter à Santiag, la cité des Dieux.

J’ai beaucoup aimé l’approche tribale de l’évolution humaine, ou plutôt, cette extraordinaire régression : le futur de l’Homme perçu à travers des catastrophes naturelles, probablement induites en grande partie par le nucléaire, et/ou par l’épuisement de la Terre par les Humains d’antan, a généré un mode de survie qui ramène l’homme à l’état préhistorique. Wul prend le parti de présenter l’humain a un état quasi bestial, non sans en profiter pour dénoncer des travers qui reviennent comme des instincts : orgueil, manipulation par les tenants du pouvoir, suprématie du mâle sur la femelle et l’enfant (loi du plus fort, en somme), politique de l’autruche (se protéger du danger en mettant, au sens propre, la tête dans le sable), paresse intellectuelle (ici traduite par une non formation, plus que par une désinformation ou que par un choix conscient) le tout principalement entrainé par un manque de culture et d’enseignement… Autant de défauts ici exagérés qui semblent être une dénonciation de comportements humains que Wul a pu analyser à son époque, et qui sont encore d’actualité de nos jours. Wul était dentiste, mais avant tout philosophe : ses romans d’anticipation parlent donc de l’Homme et de sa prétendue évolution, mais aussi de l’Homme dans son essence… Ce n’est guère reluisant, je le crains…

Le personnage de l’Enfant Noir est à ce titre très symbolique, car il est celui qui sort des sentiers battus, un peu par défaut. Celui qui, malgré des instincts primaires peu différents des autres, va tout de même oser défier les simples superstitions, ce qui le fera avancer, apprendre, engranger… ses choix finaux sont ceux de l’Homme qui cherche simplement le bonheur, véhiculant ainsi un message qui mérite d’être creusé. Il est enfin l’Homme sachant, qui modèle le monde en fonction de ses besoins qu’il a su déterminer sans qu’ils deviennent démesurés : démiurge et sage, il indique peut-être que Dieu est à l’intérieur de l’Homme lui-même, pour peu que celui-ci se donne la peine de comprendre et démystifier le monde qui l’entoure.

Dans ce contexte, la Ville se fait reflet de cette évolution : abandonnée elle est le « sanctuaire des dieux », que l’on n’ose pas approcher, et que les esprits simples transforment en temple sacré. Les images divines sont celles des publicités ou des voix synthétiques qui parlent de temps en temps, après le déclencheur adapté, parce qu’il reste un peu d’énergie pour faire fonctionner les appareils électriques (mais pas très bien). Les dieux sont ceux du confort et de la consommation, factices, bons à berner les incultes. Un message social loin d’être anodin, une fois de plus. Vivent-elles sans les Hommes pour les faire fonctionner, ces villes ? Je ne peux répondre par l’affirmative : ce qui reste est plastique, béton, et automates dysfonctionnant. Vides, mortes, mais vaguement en usage, elles sont à mon sens la représentation pure de l’esprit de consommation : des jouets automatisés abandonnés au profit d’un autre plus récent, sur une planète elle-même sucée jusqu’à la moelle, et abandonnée au profit d’autres aptes à être consommées.

Un drôle de roman, vite lu, mais au style un peu surprenant puisqu’il prend l’exemple de sa forme simple dans le langage des humains qui la peuplent. Cela m’a un peu déstabilisée, mais cela sert grandement la mise en ambiance et la narration.

Pour le reste, je vous laisse le découvrir !