MacBeth – Shakespeare

Macbeth et Banqu rencontrent les Sorcières pour la première fois

Macbeth, pièce de théâtre maudite qui inspira tant d’autres, tant de réécritures au travers de media artistiques si différents… comment passer à côté ce cette littérature fantastique ? Une fois de plus, Shakespeare offre un incontournable à la postérité. Une fois de plus, je suis plus que fan !

Tout le monde connait l’histoire de MacBeth, ce général écossais qui a voulu devenir calife à la place du calife. Tout le monde connait Lady MacBeth, l’inénarrable Lady hantée par la culpabilité. Tout le monde, enfin, connaît les trois Soeucières à qui Pratchett a fini par donner un nom… Les sorcières du destin auxquelles nul n’échappe… MacBeth les croise un jour, et demande son avenir. Elles répondent, il n’y échappera pas… il deviendra roi. A quel prix ? Elles ne l’ont pas dit…

MacBeth est un parfait exemple de tragédie telle qu’on nous l’enseigne à la fac : un héros victime de son excès d’orgueil, et surtout, une fatalité inaltérable, un destin auquel on ne peut échapper… MacBeth, sa femme, ses amis et ennemis ne sont que des pions. Les véritables acteurs, le centre même de la tragédie, ce sont ces Sorcières, les Sœurs du Destin que l’on retrouve à chacun des tournants du récit, invariablement… Elles occupent la scène première, scène d’introduction. Tout est dit : elles sont la Force qui dirige les hommes, du valet jusqu’au roi. Leur présence en Acte IV scène 1 n’en n’est pas moins signifiante : l’apex d’une tragédie apparaît au milieu de l’acte III… l’acte IV constituant ainsi le début de la fin, si je puis dire : Sœurs du Destin, Sœurs de la Fatalité, Nornes ou Parques, guidées par la Sombre Hekate, les Sorcières étendent une fois de plus leurs ailes sur MacBeth, qui couillon de poser la question en oublie qu’il prend le risque de la réponse…

Ces sorcières sont le grand coup de foudre pour moi : je ne vous apprends rien en vous disant que j’ai un amour immodéré pour les chaudrons et les nez crochus, je suis servie ! Elles sont parfaites ! Elles ont le savoir, le pouvoir, et l’aspect intraitable qui sied à leur condition de gardiennes d’un autre monde auquel elles appartiennent peut-être. Savez vous que l’origine du mot « fée » est la même que celui de « fatalité » ?…

Mamy, Nanny et Maggie, selon l’interprétation de Brume Follet (pour ceux qui se demandent, c’est elle qui a dessiné le bandeau du blog ;) )

Quant au reste, on peut le dire : l’histoire révélée par les Sorcières n’a plus d’intérêt au niveau suspense. Mais les représentations portées par chaque personnage sont magnifique :

Lady MacBeth fait une parfaite coupable : plongée dans la folie par le sentiment d’avoir du sang sur les mains, elle est sublime dans sa déchéance. Quant à son médecin, il préfigure la psychanalyse : il y a des affections, dit-il, qui ne nécessitent pas la présence d’un médecin, mais bel et bien celle d’un prêtre… Le somnambulisme, à cette époque, est considéré comme un symptôme de possession : elle est hantée par Duncan comme MacBeth sera hanté par Banquo. Poussée au péché mortel, elle expiera jusqu’à la fin des temps (je l’imagine bien dans un Tartare, à se laver les mains encore et toujours, comme Sisyphe remonte son rocher).

MacBeth lui-même, enfin, est une métaphore parfaite de ce que l’ascension sociale peut infliger à l’homme honnête : la mise en lumière de ses penchants les plus sombres, la dissolution des masques. Questions sociale sous-jacente : les hommes sont-ils bons par nature, ou ne le sont-ils que parce qu’ils n’ont pas une position qui leur permette de se révéler tel qu’ils sont ?…

Un coup de cœur ? Non, je suis même un peu déçue en vrai par l’aspect purement narratif, qui n’a rien d’original à mes yeux : il faut dire que je découvre avec 400 ans de retard, et autant de tragédies et de fantastique depuis. Cette pièce reste incontournable tant par ses thématiques que par des traitements qui devaient être à l’époque révolutionnaires.

Shakespeare à ce génie, celui de comprendre les mythes et la condition humaine, et le talent extraordinaire de les réinvestir pour en faire quelque chose qui est devenu, nous ne le rappelleront jamais assez, le socle des littératures de l’imaginaire modernes !