Le Magicien d’Oz – Incontournable Dorothy

Titre original : The Wonderful Wizard of Oz
L. Frank Baum
1900
Traduit par Anne Delcourt

Je suis terriblement en retard pour cet article… mais ça ne va pas m’empêcher de rebondir sur l’article posté Mercredi en proposant une chronique sur un roman-conte a priori pour la jeunesse, le fameux Magicien d’Oz. Pourquoi me suis-je fendue d’une telle lecture ? Ce roman a fait l’effet d’une bombe aux Etats-Unis quand il est sorti, à l’aube du XIXe siècle, marqué par une crise économique dont il se fait manifestement l’allégorie (je vous laisse lire l’article Wikipédia à ce sujet si vous le souhaitez). Il a profondément marqué l’imaginaire Anglo-saxon, peut-être à cause de sa convocation d’archétypes immémoriaux. Bref, en tant que lectrice de littératures de l’imaginaire d’outre atlantique aussi, il me paraissait extrêmement lacunaire de ne m’être jamais penchée sur la question. Un manquement réparé !

Est-il encore nécessaire de rappeler l’histoire du Magicien d’Oz ? Allez, au cas où, je me lance. Dorothy est une petite fille qui vit au Kansas avec sa tante et son oncle, peu fortunés. Elle vit dans un monde tout en gris, mais elle n’en est pas moins d’un optimisme à toute épreuve, ainsi que courageuse et pragmatique. Un jour, un ouragan emporte sa maison jusqu’au pays d’Oz, où elle atterrit sans pouvoir rentrer chez elle. En effet, ce pays est entouré de déserts infranchissables autrement que par la voie des airs ! Alors, chaussée de ses chaussures d’argent (récupérées sur la vilaine Sorcière de l’Est que sa maison a allègrement écrasée), elle se met à arpenter la route pavée de jaune en quête du magicien d’oz, qui pourra sans doute la ramener chez elle. Elle y rencontrera l’Epouvantail sans cervelle, le Bucheron sans cœur et le Lion sans courage, eux aussi résolus à demander de l’aide au fameux magicien.

Peut-on émettre un jugement de valeur au sujet d’un conte ? Les Américains y ont vu une allégorie de la crise économique qui avait sévi quatre ans plus tôt, comme je l’indique ci-dessus. Loin de moi l’idée de nier l’évidence, mais je préfère me concentrer sur ce qui m’a touchée moi, Française du XXIe siècle et surtout SURTOUT fascinée par les contes et l’usage des archétypes. Et Le Magicien d’Oz en regorge. Donc j’ai été complètement sous le charme ! Dois-je entrer dans une étude de texte ? Les symboles sont si nombreux que ça me prendrait des heures. Je me concentrerai donc sur quelques éléments très spécifiques. J’ai aimé trouver quatre sorcières aux points cardinaux (pas toutes méchantes !!!), avec le Magicien d’Oz au centre. Ils permettent la création de l’espace-royaume sur un axe qui rappelle les mythes antiques, voire sorciers !!! C’est que l’univers d’Oz est un monde hors du monde. Un espace hors de l’espace, mais aussi un temps hors du temps puisque les jours ne semblent pas s’y dérouler avec la même vitesse. Du moins peut-on choisir cette explication. C’est un univers enchanté, presque onirique, obéissant à ses propres règles et qui évoque à la fois le Wonderland d’Alice, mais aussi les îles de légende. Si ce n’est qu’au lieu d’être entouré d’une mer d’eau, ce pays est entouré d’une mer de sable.

D’autres très nombreux thèmes sont abordés, en particulier celui de ce dont on croit manquer, alors que les qualités sont bel et bien là, au fond de soi… Et du besoin du concours extérieur pour se sentir complet. Une réflexion intéressante articulée autour des accompagnateurs de Dorothy, à savoir l’Epouvantail, le Bucheron et le Lion. Aussi, celui de l’illusion qui permet la manipulation des foules, avec ou sans malice. Les ficelles sont bien blanches et très visibles, et on voit le message à trois kilomètres à la ronde, ce que je trouve peut-être un peu dommage. Au stade où j’en suis de mon expérience de lecture, j’aurais préféré quelque chose de plus subtil, mais bon, je ne suis pas non plus le public original du roman.

J’y ai retrouvé enfin de nombreux archétypes tels que Jung a pu les concevoir : l’Anima, bien sûr, mais aussi l’Animus (même si divisé), le Magicien, l’Ombre et la Personna, et la liste n’est pas exhaustive !

Un petit roman très riche, donc, qui mérite d’être lu d’une part pour son influence sur la création Anglo-Saxonne (que je vais sans doute pouvoir comprendre avec une perspective plus large) et d’autre part pour sa propre individualité, prenant suffisamment racine dans des représentations universelles pour générer de l’intérêt auprès du public le plus large. Du reste, avec ses courts chapitres, je le trouve parfait pour l’histoire du soir auprès des plus jeunes !

Un incontournable, donc !