Le Livre Numérique – Anciens vs Modernes : Round Two. Fight !

Il était temps n’est-ce pas ? De me pencher sur cette question, encore d’actualité. Oui, encore d’actualité. Parce qu’on a pu prendre le temps d’y réfléchir, de se poser tranquillement la question une fois de nombreuses angoisses passées, mais elle continue à faire débat : le livre numérique, c’est bien ou c’est mal ? Une nouvelle Querelle des Anciens et des Modernes. Le sujet est certes complètement différent, mais la démarche est la même. Comme à chaque évolution de la vie esthétique et culturelle. J’ai bien dit « évolution », pas « révolution ». Faudrait pas pousser non plus.

Conservateur ou évolutionniste ? Défenseur ou détracteur ? Comme si l’alternative était simple. Comme si le livre numérique devait ne jamais décoller dans les ventes ou au contraire supplanter le livre papier. Le numérique dans l’esprit de la plupart des gens, c’est encore soit tout l’un soit tout l’autre. Comme de plus en plus d’autres gens, j’ai un avis bien moins tranché sur la question. Je ne fais pas partie de ceux qui diabolisent le numérique, ni de ceux qui pensent que la prochaine génération ne verra plus d’intérêt au format papier. Pourquoi ? Parce que numérique ou papier, on a tendance à oublier qu’un support n’est pas une fin en soi… ça n’est rien de plus qu’un outil, et en tant que tel, il a ses défauts et ses qualités. Voici ce que j’ai tiré de ma propre réflexion et de mes discussions avec des professionnels (je pense avant tout aux libraires), qu’on n’informe pas toujours pleinement. Elle n’est certes pas exhaustive : n’hésitez pas à ajouter vos avis ci-dessous !

 

Des avantages :

Comme moi, vous êtes bibliophage. Votre maison comporte déjà une bibliothèque dans chaque pièce (oui, chacune. N’oubliez pas les toilettes. On y fait des découvertes surprenantes). Vous avez du mal à caser un livre de plus. Le livre numérique est votre allié ! Sur une liseuse standard, vous pouvez caser jusqu’à 1200 livres. Pour un espace réel d’un livre de poche.

Comme moi, vous êtes bibliophages. Vous dépensez le quart de votre salaire en livres chaque mois, quel que soit votre salaire. Parce que vous êtes un aventurier, il vous arrive même de rogner sur le budget vêtements ou coiffeur, voire sur le budget clopes ! (NDR : je ne fume pas… je triche) Le livre numérique est votre allié. Une fois l’objet certes un brin couteux acquis, vous avez accès à la totalité des œuvres dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans en toute légalité, et ce, gratuitement. Vous avez également accès à toutes les œuvres plus récentes mais épuisées chez l’éditeur, et dont il n’est pas prévu de réimpression. Je connais moins la loi à ce sujet, et je crois qu’il y a un flou artistique sur cette question, du reste. Toujours est-il qu’à l’heure actuelle, un livre épuisé numérisé même pas le pécore moyen (vous, moi, eux) est disponible et que personne ne peut trop vous engueuler pour cela. Vous trouverez en cliquant ici, ou sur l’image ci-contre, une proposition de loi à ce sujet qui date de l’an dernier. Je me renseignerai !

Comme moi, vous êtes bibliophage. Quand  vous partez en vacances, vous vous demandez encore pourquoi votre valise est si lourde alors que vous n’avez pris que le nécessaire. Vous oubliez de prendre en considération que votre nécessaire comporte un bouquin par jour sur place, plus un peu pour pouvoir choisir. Et que ça prend les trois quart de votre valise. Le livre numérique est votre allié ! Pour les mêmes raisons que le premier point. L’argument que je viens de développer est également valable pour des universitaires par exemples, qui auraient besoin de balader moult livres en déplacement. Gros point positif : ils sont très peu gourmands en énergie et ont une autonomie assez longue (le mien : 15 jours).

Comme moi, vous êtes bibliophages. Il est 4h du matin, votre moitié dort et vous êtes obligés de finir votre roman passionnant dans la salle à manger. Certains livres numériques sont vos alliés. Pas tous, attention à bien choisir votre modèle de liseuse. Rétroéclairés, ils font un peu mal aux yeux parfois (encore que d’après les retours que j’en ai, pas tant que ça : la plupart ont un très bon confort de lecture), mais surtout, vous pouvez lire dans le noir sans gêner le voisin. Pour les modèles non rétroéclairés (comme le mien), il existe des petites loupiotes spéciales. J’avoue que je suis une bibliophage grosse dormeuse : je n’ai jamais été confrontée personnellement à la question.

Comme mon beau fils, vous n’êtes pas encore bibliophages (mais pour lui, je nourris beaucoup d’espoirs. Je m’égare.). La lecture ne vous amuse pas plus que ça, et vous êtes un acharné de nouvelles technologies. L’e-book est votre allié : plus ludique, sans doute, que le livre au format papier. Par son côté gadget, il attire les fondus de technologies, qui ne sont pas nécessairement fondus de lecture. Et pour les bibliophages, c’est un format qui change agréablement (sans remplacer les sensations du papier, nous sommes bien d’accord).

 

Des inconvénients :

Comme moi, vous êtes bibliophages. L’ouverture d’un livre est pour vous une expérience sensuelle au dernier degré. L’odeur et la texture font partie du plaisir de lire, au même titre que la tasse de thé/chocolat/café (rayez la mention inutile) posée sur le guéridon, là. Evidemment, le livre numérique est ludique, pratique, la lecture est confortable, mais tous ces petits plaisirs lui sont étrangers. De même que le plaisir d’avoir des livres plein la maison.

Comme mon beau fils, vous n’êtes pas encore bibliophages… aurez-vous envie de mettre un montant initial de minimum 100 euros dans une liseuse ?  Je travaille en ce moment dans un magasin qui vend des livres. Il y a une carte offerte par le conseil régional, avec en moyenne 50 euros dessus, pour acheter des livres. Les gens râlent parce que des livres, ils n’en achètent pas. Ce que je veux dire par là, c’est que la centaine d’euros nécessaire à l’achat de la seule liseuse correspond pour un non lecteur à environs deux ou trois ans d’achat de livres (la plupart scolaires). Les œuvres appartenant au domaine public sont gratuites en numérique mais impliquent la liseuse, et ne dépassent que rarement les trois euros en format papier. Pour un non lecteur, le calcul est assez vite fait. Pour un gros lecteur ayant peu de moyen, la bibliothèque est votre alliée. La liseuse est un véritable investissement financier, qui comme tous les moyens de stockage (clefs usb, disques durs externes…) a sans doute une durée de vie limitée. Bref, c’est encore très cher.

Vous travaillez beaucoup sur les livres en tant qu’objets ? Vous êtes étudiants, et vous saccagez éhontément vos outils de travail à coup de stylo, crayon et surligneurs ? Là encore, le livre numérique vous limite dans votre créativité ! La liseuse comporte des fonctionnalités bien utiles, comme un dictionnaire intégré ou un système de signet et de notes, mais clairement pour s’y retrouver, je trouve encore que rien ne vaut le papier et les marque pages (dussent-ils être des post-its). Le livre numérique, superbe outil de transport de masse, mais pas encore de travail direct. Ou alors je ne maîtrise pas encore la bête, c’est bien possible !

Le GrosFat me fait dire qu’il a vu sa faute d’orthographe. Il la vit bien, mais il fera attention la prochaine fois, par égard pour toi, lecteur.

 

Conclusion :

Les livres numériques vont-ils supplanter le livre papier ? Est-ce « l’avenir », tel que nous le rabâchent certaines enseignes de vente massive, en considérant que la génération à venir n’aura connu que cela, donc le livre papier est voué à disparaître ? Je n’y crois pas une seconde ! La première raison, c’est qu’on ne sait pas ce que nous réserve la génération à venir. Merci de leur laisser une chance d’avoir une identité construite et non imposée. D’autre part parce que le CD a pris une place importante, mais le vinyle continue de se vendre. Et que d’ailleurs, la situation du livre est différente de la situation de la musique. Enfin parce qu’en tous cas à l’heure actuelle, les consommateurs de livres numériques sont des gros lecteurs qui ne remplaceraient leurs livres papiers pour rien au monde. L’e-book vient en complément, pour des raisons aussi diverses que variées, mais certainement pas en remplacement, contrairement à ce que des entreprises avides de monopoles tentent de nous faire croire (la plupart du temps pour mieux nous orienter vers l’achat exclusif du livre numérique, bref pour d’une certaine manière manipuler nos habitudes de consommation. Comme je le disais ailleurs, il est très important de savoir ce que l’on consomme, et pourquoi on le fait). J’insiste sur la notion d’outil, de support à l’œuvre, et non pas de finalité. Depuis l’imprimerie, les livres ne sont plus des œuvres d’art, certes (encore que…), mais ont permis la démocratisation de la lecture. Je ne pense pas que le livre numérique évincera le livre papier, mais je pense qu’il peut favoriser, lui aussi, la démocratisation de la lecture, et donc l’enrichissement culturel du plus grand nombre. N’est-ce pas là la vocation première d’un livre ?