Le Défi du Chéri : Another One Bites The Dust

Les Dossiers Dresden
Tome 3 : Tombeau Ouvert – Titre original : Grave Peril
Jim Butcher, 2001
Traduit de l’anglais (USA) par Grégory Bouet pour les Editions Bragelonne, Label Milady (2007)

 

Ca y’est, je suis sous le charme. Mon Ours m’avait pourtant prévenue : « Tu verras, ça s’améliore au fil des tomes ». Eh bien, ça n’a pas loupé.

Vous vous rappelez d’Harry Blackstone Copperfield Dresden ? Oui maintenant vous commencez à être de ses intimes. Il revient, pour une nouvelle aventure.

Je retrouve dans son sillage : Murphy, la flic aïkidoka, Bob, le crâne qui aime les romans légers, Mister, énorme chat gris au ronronnement de moteur à réaction, et bien sûr Susan… ahhh Susan ! Reporter aux jambes interminables : elle a tous les arguments pour nous le faire fondre, notre Harry !

Mais j’ai eu le plaisir de rencontrer également une flopée de nouveaux personnages pas piqués des vers : Butcher commence à savoir les brosser. Des archétypes de contes de fée retravaillés, remodelés, refondus. Ils sont toujours là, ils sont toujours archétypaux, mais Butcher en propose des interprétations hautes en couleur, vigoureuses et surtout SURTOUT ! (d’accord je me calme) adaptées à notre époque moderne ! J’ai nommé, dans le désordre : Le chevalier blanc, Marraine la Bonne fée (!!!), La Magicienne Rouge et j’en passe.

Quant au passif de notre mage préféré, il commence à s’esquisser de façon plus précise. Rappelez-vous : au premier tome, je le trouvais frisant la caricature et sans trop de profondeur. Un personnage en deux dimensions, seul au milieu d’une page blanche. Dans le deuxième tome, un trait ou deux de son histoire personnelle commençait à apparaitre. Trop peu encore, pour réellement lui procurer une réelle profondeur. C’est que ce tome faisait la part belle à des personnages secondaires récurrents et remplissait la page de cette compagnie qui gravite autour du mage. Avec ce troisième tome, Harry Dresden se munit d’une ombre et d’une perspective : la lectrice que je suis va pouvoir se plonger avec délices dans l’arrière-plan, qui se remplit petit à petit, et qui présage de nombreuses (très nombreuses) découvertes. Il y a encore mille choses à rencontrer dans cet univers fantastique. La faune mythique y est traitée avec une originalité certaine et des choix narratifs qui rappellent les grands schémas des contes, tout en les emboitant de manière pas toujours attendue. J’avais aimé le traitement des loups garous dans le tome 2 : j’aime celui des vampires dans le tome 3 (j’attends avec impatience les royaumes de Féérie, qui s’en vient sous peu). Des vrais méchants, là aussi, mais d’un tout autre genre que ceux qu’on pouvait trouver dans 13 balles dans la peau… bien moins barbares. J’apprécie, vraiment. Mais je n’en dévoilerai pas plus.

Un mot enfin du scénario. Il s’agit de comprendre pourquoi les fantômes sont devenus fous : habituellement, ils se tiennent tranquille dans l’Outremonde, de temps en temps ils hantent un peu Chicago, mais rien d’alarmant. Pourquoi alors se mettent-ils à se la jouer théâtraux, particulièrement auprès des proches d’Harry ? La surprise de ce troisième tome, c’est une masse de rebondissements qui ne sont plus tributaires de la masse de l’action… Il y en a toutefois, de l’action. Le scénario de ce troisième tome la justifie vraiment, et ne se repose plus dessus. les précédents m’ont semblé plus linéaires quand celui-ci développe quelque chose de plus dense, et un happy end plus nuancé. Toujours dans ce style d’humour cynique, qui favorise un lien plus intime avec Harry, qui raconte sa propre histoire. Un style qui aurait pu devenir lourd s’il n’avait pas été maîtrisé. Or, il l’est. J’attends de lire les suivants pour voir si Butcher suit une piste ascendante, car on sent qu’il y a encore du potentiel… (avec 13 tomes écrits, il a de toute façons intérêt à en avoir sous le pied).

Dresden est loin de faire l’unanimité, aussi bien dans son entourage fantasmé que dans le cercle de mes amis lecteurs. Par là-dessus, il semble qu’une série de piètre qualité ait vu le jour et ne lui rende pas justice. Les premiers tomes sont divertissants et faciles à lire. Des œuvres pour se faire la main, pour planter le décor. C’est nécessaire d’ailleurs : la densification n’est possible que parce que le lecteur est déjà familier du fonctionnement global de l’univers. Avec ce troisième, j’ai eu la sensation d’entrer plus profondément dans l’univers dense et maturé où l’auteur le fait évoluer. Oubliez les a priori. Passez les premiers tomes, à voir comme une mise en bouche. Lisez Les Dossiers Dresden.