Bohème – Mathieu Gaborit

Bohème

Bohème Mathieu Gaborit

Bohème
Mathieu Gaborit

Mathieu Gaborit
1997 pour l’édition originale chez Mnemos
2010 pour l’édition que j’ai lue, chez Folio SF

Voilà un petit moment que Bohème me fait de l’œil. D’une, à cause du titre. Perso, la Bohème, ça me parle à bien des égards. De deux, parce qu’il est temps que je découvre des livres steampunks, et que si j’ai commencé avec Emile Delcroix, j’avais envie de continuer. De trois, parce que vue la 4e de couverture, je me suis dit « ce sera parfait pour le thème « Ville ». Bon, pour ce dernier point, on repassera, mais pour le reste, on est dans les clous !

Parler de la ligne narrative de Bohème, c’est assez compliqué. La situation initiale évoque un univers où suite à la Révolution Industrielle, le monde s’est recouvert d’une boue acide et instantanément mortelle pour qui tombe dedans : l’Ecryme. C’est tout ce que l’on sait de cette étrange substance, dont les mystères sont au cœur du roman et auxquels se confrontent les personnages. Une escouade qui s’entretue, un vaisseau qui s’écrase dans d’étranges circonstances, voilà les événements qui réuniront Léon et Louise, respectivement commandant et avocat-duelliste. Le tout sur font révolutionnaire, dans un univers rongé par le Capitalisme.

Ce petit résumé de la situation initiale ne rend pas trop justice au roman, qui d’ailleurs se compose originellement de deux nouvelles réunies dans la version poche. Après une première scène in medias res qui m’a complètement embarquée et qui évoque Léon, l’auteur a choisi de suivre plus principalement Louise jusqu’à une première scène de révélations, qui permet de lever un peu du voile de mystère qui dissimule l’Ecryme. Je trouve l’idée de son métier très sympa, au passage.

La seconde partie, quant à elle, correspond plus à un patchwork de personnages épars aux histoires très marquées (nous retrouvons bien sûr, par moments, Louise et Léon). Comme une série de nouvelles, sur fond d’intrigue politique à laquelle l’étrange boue est étroitement liée, dont elle est à la fois un enjeu et une arme. Si cela vous semble un peu brouillon, rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls. J’ai lu de nombreuses chroniques faisant état de ce fait. Je pense que c’est lié à une raison toute simple : les personnages sont tous secondaires. Même Louise et Léon, bien qu’ils soient cités sur la quatrième de couv’. Le personnage principal, ou du moins le sujet principal du diptyque, c’est l’Ecryme. Elle se répand sur le monde, ne laissant que quelques ilots de villes, et constitue l’axe autour duquel tourne à la fois le roman l’univers, qui doit s’adapter aux contraintes qu’elle impose.

J’ai trouvé le concept fascinant, et les explications qui le concernent très intéressantes (en même temps, les réflexions de Gaborit touchent souvent ma corde sensible). Les créatures qui l’habitent sont toutes issues d’un imaginaire dans lequel j’ai retrouvé nombre de mythes grecs, depuis la figure de la sirène, jusqu’à celle des oiseaux d’airain du lac Stymphale. L’Ecryme, à ce stade du roman, n’est toujours qu’un grand mystère, avec ses créatures mythiques et ses monstres fantasmés. Comme pouvait l’être la Méditerranée antique, matrice d’un inconscient collectif fertile et créatif. Et mortel. Les explications de fin de roman donnent à l’Ecryme une dimension bien plus vaste.

Quant à l’univers steampunk, je confirme que ce roman en est un parfait exemple ! Un univers de cités et de métal rouillé, où la nature a perdu ses droits (suis-je sure de cela ?…) et où les structures eiffeliennes font loi, une uchronie de début de XXe siècle, une machinerie de cuivre et d’argent, tout y est ! Parait-il que Gaborit est un des fondateurs du genre, du moins en France.

Est-ce que je conseille ce roman ? Je ne sais pas. J’ai passé un agréable moment, mais le fond de révolution soviétique me parle très moyennement, et cela a quelque peu entaché ma lecture (très peu : j’ai quand même lu le livre en moins de deux jours). Cela dit, c’est une considération très personnelle, et la réflexion que ce fond politique entraine sur la nature humaine me plait bien. Donc oui, si vous voulez lire un roman steampunk, au style pas désagréable (bien que la construction soit un peu déstabilisante, car peut-être pas maitrisée à 100% ou du moins qui aurait pu gagner en cohérence) avec de l’onirisme et une réflexion philosophique en arrière-plan, lisez Bohème.